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BIBLE DE TOUS LES TEMPS N°5- LE TEMPS DES RÉFORMES ET LA BIBLE

BIBLE DE TOUS LES TEMPS N°5- LE TEMPS DES RÉFORMES ET LA BIBLE

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Date d'ajout : mardi 22 août 2017

par Olivier MILET

BULLETIN SOCIÉTÉ DU PROTESTANTISME FRANÇAIS, 1990, 1


La remarquable collection « Bible de tous les temps » aborde avec ce volume le XVIe siècle, qu'il couvre en amont de la coupure de 1530 jusqu'aux débuts du XVIIe siècle. Le titre, et la qualité des auteurs, indiquent assez la perspective d' ensemble qui a été adoptée : dans le cadre des « Réformes » (cf. J. Delumeau et P. Chaunu), celles des protestants et la catholique, on n'opposera pas d'un côté une Bible médiévale, rare, réservée aux clercs et déchiffrée selon les codes des quatre sens de l'allégorie, à une révolution protestante qui aurait soudain livré la Bible au « libre-examen » des individus et de la multitude, contre une Église catholique interdisant alors à ses fidèles la lecture d'un texte devenu sulfureux. La conclusion y revient, une fois les Réformes mises en place, ici et là les analogies sont aussi importantes que les différences dans le statut et le traitement du texte sacré. Ce tournant historiographique, dûment enregistré et mis à profit par les auteurs, et qui privilégie l'unité culturelle et les parallélismes confessionnels du « temps des Réformes », ne sert cependant pas à évacuer la problématique réformatrice, à laquelle l'Église catholique répond avec prudence.
Deux parties se succèdent. La première (« Lire la Bible »), chronologique et problématique, s'attache à la façon dont on pouvait lire la Bible au XVIe siècle. L'accès au texte, le rôle de l'imprimerie, l'impact de l'humanisme philologique sur l'exégèse sont d'abord étudiés, « du milieu du XVe siècle aux environs de 1530 ». Dans cette introduction (G. Bedouelle), on passe d'une imprégnation biblique de la vie religieuse par les canaux de la liturgie et de la prédication, sans doute intense dans les milieux monastiques et cléricaux, plus difficile à saisir, dans le monde des laïcs (« les chrétiens de ce temps ignoraient la lettre des Écritures »), à une communication plus directe par la diffusion matérielle due à l'imprimerie et par le canal de l'exégèse humaniste. L'humanisme, défini justement comme une entreprise et un idéal de pédagogues, cherche à retrouver le texte dans son « originalité et sa nudité » (par-delà les gnoses médiévales), et s'attache à un « sens unifié » du texte, que ce soit chez Érasme, chez Lefèvre d'Etaples, ou chez Cajétan, qui partagent avec nombre de futurs réformateurs l'esprit des méthodes philologiques (connaissance des langues, établissement du texte, recours aux Pères de l'Église), illustrées en France par la place qu'occupent les langues et le texte bibliques dans l'enseignement des « langues » au nouveau Collège royal. Mais le « sens unifié » qui articule de façon nouvelle le sens « littéral » à un sens spirituel simplifié, qui peut être celui de l'allégorie comme chez Érasme (mais d'une allégorie au service de la vie chrétienne), débouche sur les débats confessionnels : gagnant en clarté et en proximité, la parole de Dieu, exaltée comme telle et parfois opposée aux « traditions humaines», va faire l'objet de revendications d'autant plus âpres.
B. Roussel prend le relais pour relever un défi : présenter « la Bible de 1530 à 1600 ». La matière, concernant une période très longue et moins connue, est maîtrisée par un découpage (« Des livres », « Des auteurs », « Des lecteurs ») qui fait alterner les points de vue sur une masse énorme de faits et de publications (textes, instruments de travail, traductions, etc.). L'auteur détaille les considérations les plus utiles au moyen des indications les plus précises (à propos du découpage en versets, de l'établissement progressif du texte grec des Septante, du statut des apocryphes, etc.), même si l'on peut regretter une certaine pulvérisation du propos, due à la multiplication des sous-titres. Mais cette partie restera plus qu'une mine inépuisable de faits, un manuel de référence pour la question durant la période concernée. Le chapitre « Des auteurs », présente les grands foyers de l'exégèse, la réformatrice étant ici privilégiée : Luther et Wittenberg, « l'École rhénane » (dont Calvin, remarquablement présenté, est l'héritier), puis à partir de 1560 « la génération des traditions ». Cette partie s'achève sur l'évocation d'une martyre huguenote : la Bible imprimée a acquis un statut symbolique, le livre, malgré ou à cause le détour de tant de science, a délégué aux lecteurs un pouvoir dont ils n'acceptent plus de se dessaisir.
Dans la sous-partie, plus classique, consacrée à l'autorité de l'Écriture et aux réponses confessionnelles, on relève en particulier la mise au point (G. Bedouelle) concernant la réponse catholique. L'enjeu de la traduction en langue vernaculaire est ici fondamental. Contrairement à une idée souvent reçue, le catholicisme tridentin n'interdit pas la lecture des Écritures aux laïcs, il la réglemente plutôt, de façon, il est vrai, à la décourager, les canaux traditionnels de la version latine, de la liturgie et de la prédication étant privilégiés. Mais chez les protestants comme chez les catholiques, on essaie d'instaurer un monopole confessionnel de l'interprétation du texte. L'originalité de cette sous-partie tient aussi à la présence de chapitres consacrés au monde orthodoxe et à l'exégèse juive, chapitres qu'il convient de saluer.
La seconde partie est thématique. Des spécialistes ont été sollicités pour des chapitres synthétiques et substantiels, sur les rapports de la Bible avec les Nouveaux Mondes (M. Venard : les découvertes remettant en cause plus qu'une géographie, une vision du monde héritée en partie de la Bible), avec la « philosophie chrétienne » (de l'humanisme érasmien, sous la plume d'A. Godin), avec la littérature française (M. Screech), ou les images (M. Stirm). Le protestantisme est particulièrement à l'honneur, qu'il s'agisse de l'action pastorale (Ph. Denis, sur le rôle de l'Écriture dans les institutions et les pratiques protestantes), de la politique (M. Soulié s'attache à Luther et Müntzer, à Calvin et aux guerres de religion), du théâtre (M. Soulié) ou du chant (P. Veit). Signalons la très belle contribution sur les mystiques catholiques (Max Huot), qui traite avec clarté une question délicate (paradoxe d'une compréhension intime de la Bible qui se passe du contact direct avec le livre).
La conclusion générale insiste notamment sur la coupure de 1560, marquée par un certain désenchantement. La mise en évidence du « vrai sens » de l'Écriture, visée par l'humanisme philologique, nourrit l'argumentation des affrontements confessionnels, et la construction de nouvelles synthèses scolastiques. On est loin de la lecture édifiante et irénique promue par Érasme. Au total cependant, l'imprégnation des masses chrétiennes par la Bible est devenue plus forte que dans la période antérieure, que ce soit grâce à l'explosion des traductions vernaculaires ou grâce à la pastorale catholique. En tout cas, la Bible « continue d'indiquer le croyable et le sacré ». La critique de l'histoire du texte (cf les travaux de F. Laplanche) et les grandes remises en question du siècle suivant ne se font pas encore sentir. Une riche bibliographie, un index biblique et un index des noms complètent les tableaux et les références du texte.
La mise en œuvre présente ici et là quelques défauts inhérents à une entreprise aussi vaste, comme certaines redites (par exemple à propos des traductions en langue vernaculaire, p. 180-188,274 sq., 427 sq., 463 sq.). L'œuvre fondamentale d'Érasme, pourtant parfaitement mise en évidence dans la première partie (humanisme philologique) et dans la dernière (« philosophie chrétienne »), souffre de ne pas être suivie dans le détail d'une partie à l'autre ; mais n'est-ce pas le propre de l'influence du plus grand des humanistes chrétiens que d'être tellement diffuse en son siècle et au siècle suivant qu'elle en devient presque insaisissable ? Peut-être aussi en apprend-on plus, dans l'ensemble et le détail, ce dont nos lecteurs ne se plaindront pas, sur la Bible en milieu protestant qu'en milieu catholique (malgré les remarquables chapitres que nous avons signalés) ; mais cela n'est-il pas dû au fait que les protestants ont naturellement, à partir de 1530, l'initiative, à laquelle ce qu'il faut bien appeler la Contre-Réforme (p. 467) répond, sur un terrain où l'humanisme et la contre-offensive d'un « non » doivent unir leurs stratégies discordantes ? A quoi s'ajoute le fait que la présence de la Bible dans le catholicisme reste largement médiatisée (par les images, etc.) et plus délicate à cerner. Enfin, et c'est naturel pour un ouvrage conçu d'abord pour le public français, certains chapitres thématiques (politique, théâtre, littérature) tendent à se limiter à l'horizon français. Mais dans l'ensemble, le lecteur trouvera dans ce volume une remarquable synthèse, qui est aussi un instrument de travail inappréciable.


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