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TH n°120 PRISCILLIEN UN CHRÉTIEN NON CONFORMISTE. Doctrine et pratique du priscillianisme du IVe au VIIe siècle

TH n°120 PRISCILLIEN UN CHRÉTIEN NON CONFORMISTE. Doctrine et pratique du priscillianisme du IVe au VIIe siècle

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Date d'ajout : lundi 25 mars 2013

par Martine Dulaey

REVUE : Recherches de science religieuse tome 100/4 octobre-décembre 2012


Personnalité contestée de son temps et aujourd’hui encore objet d’interprétations contrastées, Priscillien est tristement célèbre pour avoir été, sur l’ordre de l’usurpateur Maxime en 385-386, torturé et mis à mort sous l’accusation d’hérésie. Le titre du livre de S. J. Gabriel SANCHEZ, Un chrétien non conformiste, résume bien la position de l’auteur : Priscillien n’est ni un hérétique (gnostique, manichéen, encratite), comme on l’en a accusé, ni un chrétien orthodoxe victime d’une accusation d’hérésie ; c’était un non conformiste qui n’aurait pas voulu être marginalisé, mais que ses adversaires ont poussé dans la dissidence.
Les pages sur l’histoire du priscillianisme (ch. 1) font le point sur ce que les controversistes anciens et l’historiographie moderne croient savoir de l’affaire Priscillien, de son conflit avec les autres évêques espagnols, des accusations portées contre lui, des circonstances de sa mort, de la persécution de ses partisans et défenseurs. Au chapitre 2 sont passées en revue les sources ; les sources directes sont les Canons des Épîtres de Paul et surtout les Tractatus découverts en 1889 qui ont renouvelé la connaissance de Priscillien jusque-là fondée sur les seules sources hérésiologiques : trois libelles apologétiques (probablement composés à l’occasion du concile de Saragosse de 379, mais on ne sait si c’est avant ou après) et des homélies. Dans les sources indirectes, l’auteur entend étudier l’évolution des accusations portées contre Priscillien et ses partisans : aux accusations du concile de Saragosse, qui portent exclusivement sur leur conduite, succèdent celles du concile de Tolède de 400, où le mouvement est désormais considéré comme une hérésie théologique.

L’étude de la doctrine du mouvement (ch. 3) cherche surtout à comparer systématiquement les positions de Priscillien et de ses successeurs à celles des gnostiques et des manichéens auxquels on les assimile au Ve s. Pour l’auteur, il n’est ni modaliste ni docète (il condamne arianisme et patripassianisme), mais il parle de La Trinité « avec un appareil conceptuel désuet pour son temps » et avec « des formules équivoques » ; les priscillianistes sont « des amateurs en matière de théologie », et leur horizon ne va pas au-delà de la Bible. On a exagéré les tendances dualistes de Priscillien : sa conception de la création est aux antipodes de celle des manichéens, et son anthropologie, qui oppose chair et esprit, n’est pas si éloignée de celle de nombre de ses contemporains orthodoxes. Quant à l’intérêt qu’il porte aux apocryphes, il n’est pas non plus exceptionnel à l’époque. Les croyances astrologiques qu’on lui prête semblent être plutôt le fait de la seconde génération de ses adeptes. Le ch. 4 sur « l’arrière-plan culturel de Priscillien » ne laisse pas au lecteur l’impression qu’il est « un homme de culture », comme le voudrait l’auteur, mais plutôt qu’il a quelques souvenirs scolaires et qu’il est influencé par certaines idées qui circulent dans l’air du temps, y compris pour ce qui est du gnosticisme et du manichéisme. L’auteur affirme (à la suite de M. Veronese) qu’il est « pénétré de schémas anthropologiques et théologiques hérités d’Hilaire », mais reconnaît que sa doctrine trinitaire ne reprend rien à l’évêque de Poitiers. Le personnage « n’est pas à l’abri de toute dérive interprétative », admet l’auteur, « car il mêle diverses traditions ».
Le chapitre 5 examine « la conduite religieuse du mouvement ». Si l’on fait abstraction du jeûne dominical, qui s’oppose aux coutumes catholiques, les autres pratiques ascétiques des priscillianistes ne s’écartent guère de ce qu’on voit ici et là dans le bouillonnement monastique du temps. Les pratiques magiques reprochées à Priscillien sont dénoncées par lui, mais il n’est pas impossible que ce type de croyances populaires bien ancrées ait persisté aux Ve- VIe s. à la faveur du priscillianisme. La hiérarchie ecclésiastique semble surtout s’être émue de ces conventicules charismatiques qui se réunissaient dans les domaines aristocratiques à l’écart des basiliques et allaient parfois jusqu’à refuser de communier avec les autres chrétiens. L’origine du groupe ne relève pas de la déviance doctrinale ; ce sont plutôt ses pratiques qui inquiètent. Il n’y avait pas eu de livre sur Priscillien après celui de H. Chadwick, Priscillian of Avila , Oxford 1997, et pas de monographie en français sur le sujet depuis celle de Babut en 1909. C’est le mérite de l’auteur d’avoir repris cette question compliquée.


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