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BB n°33 LES PRÉMONTRÉS ET LA LORRAINE XIIe-XVIIIe SIÈCLE

BB n°33 LES PRÉMONTRÉS ET LA LORRAINE XIIe-XVIIIe SIÈCLE

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Date d'ajout : mercredi 19 août 2015

par Ren TAVENEAUX

REVUE : REVUE D'HISTOIRE DE L'ÉGLISE DE FRANCE, t. 85, 1999

Cet élégant volume rassemble, dans leur texte intégral, les actes du colloque tenu à Pont-à-Mousson en octobre 1997. Le choix de ce thème n'est ni arbitraire ni conventionnel, mais répond à une constante de géographie ecclésiastique. Dès les premiers temps de son histoire, l'ordre de saint Norbert s'est caractérisé par une forte prépondérance septentrionale : sur les quatre-vingt-cinq premières fondations, soixante-douze, soit près de 85 %, étaient situées dans la France du nord et, parmi elles, la circarie de Lorraine occupait, de loin, le premier rang.
Deux raisons sont à l'origine de cette primauté lorraine. Au XVIIIe siècle, l'évêque de Metz, saint Chrodegang, avait créé, avec tous les clercs de la ville épiscopale, une communauté vivant des revenus de l'église cathédrale, tenant chapitre quotidien, s'adonnant à la lectio divina, au ministère paroissial et au grand office liturgique. C'était, avant la lettre, l'esquisse de la règle des chanoines réguliers. Par ailleurs, l'axe lotharingien, étiré de l'Italie du nord à la Flandre maritime, fut, dès le Xe siècle, avec le grand mouvement d'expansion bénédictine, un lieu privilégié de renouveau spirituel et de réforme cléricale ou monastique. Tous ces traits, propres au Moyen Âge et au début des temps modernes, sont mis en lumière par les communications de Michel Parisse, d'Hubert Collin, de Pierre Sesmat, de Leo Van Dijck et de Lorenzo Alcina-Rossello.
L'axe lotharingien devait assumer des fonctions nouvelles et de plus grande ampleur aux XVIe et XVIIe siècle, au lendemain du concile de Trente, lorsque l'Empire espagnol fut contraint de déployer ses relations sur la longue route terrestre des pays d'entre-deux, lorsque surtout le Saint-Siège établit son bastion de défense et son front de reconquête sur cette bande de terre joignant les rivages de la Méditerranée à ceux de la Mer du nord, à travers des États fidèles à la cause de Rome. De cette « dorsale catholique », la Lorraine occupe la clef de voûte, au point de croisement de la voie catholique sud-est-nord-ouest et de la voie protestante est-ouest. Cette situation stratégique, associée à la longue tradition de relations confiantes entre la papauté et la dynastie ducale, devait faire de la Lorraine un foyer actif de la Réforme tridentine et c'est l'un des mérites fonciers de ce colloque d'avoir, dépassant la destinée d'une famille particulière, présenté une vision globale de la Réforme. La remarquable communication de l'abbé Jean-Robert Armogathe, « L'axe catholique lorrain au début du XVIIe siècle », offre précisément cette synthèse du renouveau religieux issu à la fois des canons conciliaires et de la pénétration d'influences méditerranéennes, italiennes et ibériques. Il n'est pas fortuit que les grandes réformes monastiques pressenties par les Pères de Trente - celles des bénédictins, des prémontrés, des chanoines réguliers du Sauveur - soient nées simultanément en Lorraine, au cœur de la dorsale catholique ; leur structure institutionnelle procède d'ailleurs d'un principe commun : confier au chapitre général les pouvoirs dévolus à l'abbé dans la règle primitive. C'est à juste titre que l'abbé Armogathe voit dans plusieurs traits spécifiques du catholicisme lorrain l'origine de cette brillante floraison : la grande autonomie des paroisses où le curé est, le plus souvent, un pasteur et un chef temporel ; l'afflux des réguliers et particulièrement des franciscains, représentants à la fois de l'esprit ligueur et de la spiritualité espagnole ; le « mythe de l'ascendance carolingienne » qui perpétue, jusqu'à l'aube des Lumières, l'esprit de croisade dans les duchés.
Les grands acteurs de la Réforme catholique en Lorraine font l'objet d'importantes études : Nicolas Psaume par le Père Bernard Ardura ; dom Didier de La Cour par Gérard Michaux ; Pierre Fourier et Alix Le Clerc par Georges Viard ; Épiphane Louys par le Père Vaillant ; Charles· Louis Hugo par Monique Taillard. La communication du Père Dominique·Marie Dauzet renouvelle foncièrement l'image traditionnelle de Servais de Lairuels et la signification spirituelle de sa réforme. Celle-ci implique d'abord l'« indifférence », étendue au sens ignatien, c'est-à-dire le total renoncement à soi-même : « Le vrai religieux doit être renoncé comme un cuir sous la main du cordonnier, une glaise dans la main du potier… » (p. 175). Un tel « abandon » conduit à une vie religieuse « authentique » ; elle est, au premier chef, un ars moriendi, dans l'acception paulinienne, c'est-à-dire une mortification des sens, de la volonté, de l'intelligence. « Tout doit mourir lentement, inexorablement, pour faire place à la vie en Christ » (p. 178). Cette ascèse radicale devait exercer, estime le Père Dauzet, une puissante force de séduction sur une génération journellement exposée aux guerres, aux épidémies, aux famines en un temps où la mort, fauchant sans discernement, s'imposait à la conscience collective et proposait à l'expression artistique la variété de ses thèmes : cimetière des capucins et tombeaux du Bernin à Rome, danses macabres, effigies de la mort sur les pierres tombales.
L'expansion de la Réforme de l'Antique rigueur est, pour une large part, une histoire qui reste à écrire. Elle a suscité plusieurs bonnes études ponctuelles : celle de Martine Plouvier pour la circarie de France, celle d'Anne-Marie Couvret pour Septfontaines-en-Bassigny, celle du regretté Jean Fournée pour les abbayes normandes. Dans une perspective plus large, Xavier Lavagne d'Ortigue présente des «  Jalons pour une histoire de l'Antique Rigueur » : texte précieux car souvent fondé sur les visites pastorales, les résultats des chapitres généraux et sur plusieurs documents romains ; il trace le cadre géographique de la Réforme lorraine et présente une analyse précise des crises traversées par l'ordre, en particulier celles de 1672 et de 1688-1692.
Le colloque n'avait pas l'ambition de donner réponse à tout. Plusieurs problèmes, importants parfois, demeurent ouverts à la recherche, ainsi : les conditions de vie des prieurs-curés, la géographie du recrutement, le substratum économique, l'iconographie norbertine et surtout les foyers intellectuels vivant à l'ombre des abbayes. À Benoîte Vaux, des « académies », c'est-à-dire des cercles littéraires, accueillaient, généralement pour des jeux scéniques, des membres des congrégations mariales et des étudiants de Pont-à-Mousson. En union avec Salival, un groupe de recherche animé d'abord par l'abbé Mathieu Bonnerbe, puis par le poète Alphonse de Rambervillers, était en relations avec des écrivains de plusieurs régions de France ; sans doute n'est·il pas étranger à l'inspiration première de Georges de La Tour. Le rôle de ces foyers de pensée est double : ils rapprochent la culture savante de la culture populaire ; dans l'esprit du concile de Trente, ils associent aux élans de dévotion une formation à la fois catéchétique et profane.
Tel quel, par sa qualité d'information et de réflexion, par son expression toujours très soignée, ce beau volume offre une connaissance renouvelée et approfondie de la pastorale prémontrée en Lorraine et même très au-delà de ses frontières. Il illustre aussi un type original de Réforme catholique, fondé sur la stricte observance des canons tridentins, mais pénétré d'influences d'origines diverses, celles de la spiritualité espagnole et même, mais dans une moindre mesure, celles de l'École française. Il se caractérise par ailleurs par une prédominance croissante de la théologie positive et par la vigueur passionnelle de l'esprit de croisade tel que le prêchèrent les franciscains, en exaltant l'esprit ligueur et le mythe carolingien. L'ouvrage suggère enfin de nombreux thèmes de réflexion, parfois des options, propres à s'intégrer au renouveau perceptible dans plusieurs abbayes de notre temps: à ce titre, le colloque est au cœur de l'actualité et, selon le mot de l'abbé Armogathe, il « constitue une page de l'histoire de l'Ordre au XXe siècle ».


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