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12- MADAME GUYON (1648-1717), UN NOUVEAU VISAGE

12- MADAME GUYON (1648-1717), UN NOUVEAU VISAGE

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Date d'ajout : mardi 16 mai 2017

par Michel DUPUY

REVUE D'HISTOIRE DE L'ÉGLISE DE FRANCE, LXXVI, 1990

Ce nouveau visage est-il celui de Mme Guyon que M.-L.Gondai fait revivre ? Est-il celui de la théologienne moderne dont Mme Guyon fut, j'allais dire « précurseur » ? Mais l'absence de féminin à ce mot en dit long sur le monopole que les clercs se sont arrogé sur la pensée et la théologie ; de ce monopole, M.-L. Gondal entend bien sonner le glas. Ou bien encore ce nouveau visage est-il celui qu'elle souhaite à l'Église de l'avenir, si « la paralysie générale » n'y est plus « baptisée fidélité » (p. 177) ? On devine que ces trois visages ont un air de famille et sont inséparables.
Le premier, celui de Jeanne Bouvier, dame Guyon, est rafraîchi grâce à quelques concepts empruntés à la psychanalyse. Le deuxième, celui de la théologienne, est, plutôt que renouvelé, créé. Car les précédents féminins à la tentative de l'auteur sont rares. Et elle tient à dépasser les horizons scolaires. Pour elle, la question cruciale n'est plus : « Qu'est-ce que la vérité ? », mais « Comment parler vrai ? » (p. 140).
Quant au troisième visage, celui de l'Église, il relève de l'impressionnisme plus que de la photographie. Car M.-L. Gondal a le bon goût de préférer aux diatribes prophétiques les allusions discrètes : « L'Église retrouverait sa finalité, si les fidèles pouvaient goûter ce qu'ils savent sans le comprendre, et si ceux qui savent apprenaient à ne plus savoir. Ainsi l'Église serait, non plus une oligarchie ou une tyrannie, mais un ensemble de frères rassemblés en familles spirituelles » (p. 110). Il est juste d'ajouter que ces lignes ne veulent que résumer la pensée de Mme Guyon.
Les trois parties qui constituent ce livre abordent le sujet sous trois angles différents. La première part d'un étonnement : d'où vient que Mme Guyon ait exercé une telle influence dans les milieux non catholiques ? Quand on l'a connue surtout par le canal de Poiret, puis par sa Vie éditée en 1983 par Dervy-Livres – oui ! Dervy-Livres, maison spécialisée dans l'ésotérisme -, on apprécie la recherche des premiers chapitres sur les voies par lesquelles son appel à la vie intérieure s'est diffusé. Je conçois que M.-L. Gondal ait voulu traiter le sujet à la manière d'un roman policier, non pas en suivant l'ordre chronologique, mais en remontant quelques filières. J'aurais néanmoins préféré un exposé plus classique, déroulant l'histoire au cours des siècles, sur le fond de tableau qu'est l'évolution des mentalités. Néanmoins les détails apportés sont intéressants.
La deuxième partie reprend les péripéties des débats de Mme Guyon avec les tenants de l'orthodoxie doctrinale, notamment Bossuet. Pour quelques épisodes, M.-L. Gondal n'a pu, faute de documents, renouveler le sujet et suit simplement la Vie de Mme Guyon par elle-même, source unique. Pour d'autres, l'utilisation d'un manuscrit de Chantilly lui a permis de mettre en lumière des procédés de Bossuet qui nous paraissent aujourd'hui indéfendables. Pourquoi s'être acharné ainsi contre Mme Guyon, alors que sa doctrine dans le Moyen court est parfaitement orthodoxe et sa fidélité à l'Église au-dessus de tout soupçon ? C'est que, explique M.-L. Gondal, Mme Guyon est femme et les clercs répugnent à donner raison à une femme. Il y a là, sans doute, du vrai. Mais la démonstration serait plus convaincante si on se rappelait aussi que d'autres femmes au XVIIe siècle ont trouvé lecteurs et admirateurs en l'Église catholique, notamment Jeanne de Chantal dont Mme Guyon se réclame, mais que la bibliographie de notre auteur oublie. Il est vrai qu'elle n'a écrit que des lettres. Les deux Marie de l'Incarnation et la « bonne Armelle » sont également passées sous silence, mais n'ont pas non plus composé de traité à proprement parier. Surtout d'autres indices, me semble-t-il, pourraient être exploités, notamment celui-ci : pourquoi ceux qui se sont d'abord montré bienveillants envers Mm, Guyon se sont-ils ensuite si fréquemment éloignés d'elle, non seulement des hommes, dont La Combe lui-même (tout homme qu'il était, il ne fut pas traité moins durement), mais aussi une femme, Mme de Maintenon ? M.-L. Gondal prend-elle assez en compte leurs critiques ? Elle passe vite sur ce que j'appellerais l'illuminisme innocent de son héroïne ; celle-ci, ne doutant pas de son rayonnement, est persuadée d'avoir en mainte occasion communiqué en silence sa pensée à tel ou tel… qui ne s'en est d'ailleurs pas aperçu. Il serait injuste de s'en prendre pour autant à sa doctrine. Mais on conçoit que des esprits positifs aient été rendus défiants par de telles imaginations. M.-L. Gondal a d'excellentes remarques sur le rôle et le dépassement de l'imaginaire dans la vie spirituelle. Il est dommage que sur ce point elles n'aient pas été exploitées. Elle avoue que Mm, Guyon demeure une « énigme » (p. 202). J'en conviens volontiers.
L'exposé de la théologie de Mme Guyon eût gagné à ce que le contexte en fût davantage indiqué. Qu'elle ne doive rien à Molinos, je n'en doute pas. Qu'elle ne doive rien à Malaval ou à Epiphane Louis, j'en suis moins sûr. Il eût été plus utile de signaler l'existence d'un courant scotiste au XVIIe siècle que de rapprocher la pensée de Mme Guyon de celles de Kant, Hegel et Levinas. Sa théologie aurait alors paru moins originale ; mais on n'en aurait que plus admiré son discernement et son aisance à retenir de ce qu'elle a pu lire ou entendre, le meilleur. Cependant la théologie peut-elle se rajeunir autrement qu'en jaugeant les représentations d'antan à l'aide de représentations plus récentes et mieux reçues ? Les rapprochements qu'établit M.-L. Gondal avec quelques modernes sont parfois éclairants et ont leur intérêt.
La troisième partie réexamine l'itinéraire spirituel de Mme Guyon en relevant ce qui y est dit dans « le corps féminin » : « À travers un corps en travail de vérité, elle dessine dans une époque des lieux nouveaux où le vrai est en question » (p. 199). Cette notion de corps vient d'un article de Denis Vasse sur Thérèse de Jésus. Elle est fort éloignée de l'idée que se fait du corps Mme Guyon, et que M.-L. Gondal aurait pu trouver dans sa Vie (2e partie, ch. 8, n° 5). L'historien qui n'aurait pas lu l'article de Denis Vasse (intitulé « La rencontre d'où naît le corps de l'homme ». Le Supplément, septembre 1983, n° 146, p. 403-426), ne disposant pas de la clef de cette troisième partie, la trouverait obscure. Ce serait dommage, car elle offre une synthèse de réelle qualité.


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