Editions BEAUCHESNE

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12- MADAME GUYON (1648-1717), UN NOUVEAU VISAGE

12- MADAME GUYON (1648-1717), UN NOUVEAU VISAGE

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Date d'ajout : mardi 16 mai 2017

par Y. POUTET

DIVUS THOMAS, PIACENZA, 92°, 1989

Après une thèse théologique soutenue aux Facultés catholiques de Lyon (985) l'A. a publié dans la Nouvelle revue théologique (1986, n° 108) une étude de vingt pages répondant à la question "La mystique est-elle un lieu théologique ?" puis, deux ans plus tard une première analyse relative à Mme Guyon : "La prière de repos, prière du cœur, chez Madame Guyon" (La Vie spirituelle, 1988, n° 679). Avec le "nouveau visage" de cette personne du monde engagée dans la prière de "simple regard", c'est d'une conviction personnelle que M.L. GondaI nous fait part. Son livre est indispensable à toute bibliothèque d'histoire des idées comme d'histoire de la spiritualité : Mme Guyon est une personnalité religieuse incontournable. L'importance des débats qu'elle a engendrés, par ses écrits comme par sa vie, défie l'usure du temps.
La méthode suivie n'est pas celle de l'historien qui présente et critique des documents, situe un personnage dans une société et dans une trame chronologique, et c'est, d'une certaine manière tant mieux car l'entreprise est originale et donc riche d'apports propres à l'A. Celle-ci, pour laquelle des expressions du XVIIè siècle évoquant "l'homme" en général ont le tort de paraître oublier les femmes, dit volontiers "je", et elle a raison. Après lecture de la totalité des œuvres de Mme Guyon, puis des principaux ouvrages ou articles parlant d'elle, M.L. Gondal, procède à une "re-lecture" dont découlent diverses interprétations psychanalytiques, psychologiques, théologiques, mystiques et même "corporelles" créatrices de ce "nouveau visage" annoncé dès l'introduction. Son intention de lire Jeanne Guyon en référence au monde catholique d'aujourd'hui prend une allure pastorale dont on ne saurait nier l'utilité tout en reconnaissant qu'une subjectivité trop grande peut fausser telle ou telle réalité du présent comme du passé. A chaque lecteur d'en juger en fonction de ses propres connaissances et de son expérience.
Les titres de chacune des trois parties du livre méritent explication. "La voix d'une femme" (pp. 19-116) refait le chemin par lequel "sa trace nous parvient" aujourd'hui, puis démêle entre adversaires et amis de son temps et de la postérité ce qu'elle "fait bouger", pour aboutir à la saisie d'un non dit silencieux capable de rendre sensible "au séisme" causé par Mme Guyon et d'où "elle continue à parler". "La vérité en procès" (pp. 117-200) suit une trame chronologique dans laquelle la jeune veuve, marquée d'une variole et d'une santé à éclipse, fascine par une beauté intérieure plus que corporelle. Tour à tour amie de Mme de Maintenon, sujette à la vindicte de l'archevêque de Paris comme des antagonistes Nicole (janséniste) et Bossuet (évêque de Meaux aux tendances gallicanes non soulignées), défendue par l'illustre Fénelon, avide d'œcuménisme avec des Réformés ouverts aux vérités catholiques Mme Guyon subit des "mises au secret" chez des Visitandines et un emprisonnement qui cessera sans jugement. La cause, traitée d'autorité, refusait de juger de la doctrine elle-même qui échappait aux juges civils tandis qu'elle ne révélait aucune immoralité des mœurs chez cette personne qui avait fait vœu de chasteté d'abord pour un an, puis de pauvreté, chasteté, obéissance entre les mains de son confesseur. De faux témoignages, une fausse lettre, des rapports d'interrogatoires falsifiés témoignent de la vilennie des adversaires de la mystique. L'autorité ecclésiastique, nous est-il assuré, n'admettait pas qu'une femme puisse témoigner de son expérience mystique et surtout enseigner ce "moyen court" d'aller à Dieu. La question est posée de savoir si l'Église catholique fait beaucoup mieux aujourd'hui ?
La troisième partie, "Histoire de corps", étonne et instruit par la finesse et la subtilité de l'analyse: "A travers son corps en travail de vérité" Mme Guyon "dessine dans une époque des lieux nouveaux où le vrai est en question" (p. 199). Si je comprends bien, le mot "lieu" est employé ici, comme en maints endroits, dans le sens scolastique de "lieu théologique", de centre d'intérêt, de thème de réflexion. A travers les ténèbres des enseignements usuels dans l'Église de son temps, l'A. des "Torrents", découvre des points d'encrage de vérités nouvelles proprement mystiques et, en même temps, parfaitement orthodoxes, à condition de se référer plus à la Bible elle-même qu'à la doctrine professée par les théologiens de son temps. En cela, elle est précurseur, "deux siècles" avant la découverte du "sujet parlant" par les sciences humaines, et trois siècles avant que le discours théologique cesse d'être imperméable à l'anthropologie. La question est alors : "Comment Mme Guyon se livre-t-elle en profondeur à la lumière d'une vérité qu'elle ne possède pas" puisqu'elle lui vient de Dieu et qu'elle n'y pensait pas avant de prendre la plume pour écrire ?
Il est dommage que l'A. ne fasse pas assez référence aux grands mystiques fort connus et approuvés dans les milieux spirituels français du XVIIè siècle finissant, sainte Thérèse d'Avila, saint Jean de la Croix, Mère Mechtilde du Saint-Sacrement dont les œuvres sont en cours de publication par le monastère de Rouen en vue d'une béatification… Sœur Louise de Parménie, près de Grenoble, animatrice de retraites spirituelles, fut conseillère spirituelle de saint J.B. de La Salle en 1713-1714, auteur d'une Explication de la méthode d'oraison pratiquée par ses Frères des écoles chrétiennes à Paris, Rouen, Reims, Marseille, Dijon, Grenoble au temps de Mme Guyon, laquelle montre comment passer de l'oraison de réflexions suivies, à l'oraison de "simple attention".
Tout cet environnement où les femmes spirituelles ne manquent pas et sont même directrices d'hommes comme Mère Marguerite du Saint-Sacrement de Beaune, carmélite, le fut de Gaston de Renty, entre autres, oblige à réviser ce que divulguent trop de manuels à savoir que les femmes ne comptaient guère au XVIIè siècle, révision qui s'impose, aussi bien sur ce point que sur les appréciations qu'ils formulent à l'égard de Mme Guyon ainsi que l'A. l'a fort bien dénoncé. C'est la bibliographie qui permet de saisir pleinement la signification de cette dernière partie consacrée à une "histoire de corps". Cette fois, Thérèse d'Avila sert de modèle par l'entremise de D. Vasse, La rencontre d'où naît le corps de l'homme (mot qui n'exclut pas la femme) ou l'ordre de la nouvelle Ève ("Le Supplément, Histoire d'un désir, Thérèse d'Avila", Paris, Cerf, septembre 1983, p. 403-426).
J'ai noté quelques fautes d'impression : p. 15, A.A.M. pour R.A.M. (Revue d'Ascétique et de Mystique): p. 118, lire 1688 et non 1788 ; p. 267, le renvoi, dans le texte, à la note 15 doit être ajouré après le mot "philosophes". Sur les femmes au XVIIè s., on ne peut plus se passer ni de la revue XVIIè siècle, n° 144, juillet-septembre 1984 (La femme au XVIIè siècle) ni des Actes du colloque de 1984 sur La femme à l'époque moderne, XVIè-XVIIIè siècles (Bull. n° 9 de l'Association des Historiens modernistes des Universités, Presses de l'Université de Paris-Sorbonne, 1985). Ce n'est pas Michaud qui signe, dans sa Biographie universelle, l'article Guyon, mais Weiss (corriger p. 38). Sans doute la relecture de Daniel-Rops, L'Église des temps classiques, Le Grand siècle des âmes, Paris, Fayard, 1958, à côté de celle de Bremond, devrait-elle aider le lecteur à situer Mme Guyon en son temps bien que la bibliographie ne le mentionne pas.
Rentrant d'un congrès universitaire fêtant le tricentenaire de la mort de sainte Marguerite-Marie Alacoque (octobre 1990), je ne peux m'empêcher de dire à quel point l'ouvrage de M.L. GondaL m'a rappelé des mouvements d'opinion semblables à ceux qui avaient créé une certaine suspicion à l'égard de la sainte mystique de Paray-le-Monial, Visitandine dont les "Sœurs" de Grenoble et de Paris, bien connues de Mme Guyon, profitaient de la "fête du Sacré-Cœur", fête du corps du Christ blessé par amour et désireux de partager sa souffrance physique alliée à une "jouissance" spirituelle. On a là un bel exemple de relations entre corps et vie mystique.


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