Editions BEAUCHESNE

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13- PARIS-CANTORBÉRY (1717-1720). Le dossier d'un premier œcuménisme

13- PARIS-CANTORBÉRY (1717-1720). Le dossier d\'un premier œcuménisme

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Date d'ajout : mardi 16 mai 2017

par Jean-Franois BAILLON

REVUE DE SYNTHÈSE, avril 1993

La crise précipitée par la bulle Unigenitus au sein de l'église gallicane ouvrit, de part et d'autre de la Manche, des espoirs dont cet ouvrage propose le récit documentaire. Pendant trois ans, de 1717 à 1720, William Wake, archevêque de Cantorbéry, échange une correspondance autour de l'idée d'un rapprochement des deux églises avec Louis Ellies Du Pin. Wake est entré en relations avec Du Pin par l'entremise de William Beauvoir, chapelain de l'ambassadeur d'Angleterre à Paris, qui le tient informé de l'évolution des affaires religieuses en France [Cet épisode connu des relations entre les anglicans et les jansénistes français a fait l'objet de deux études déjà anciennes : J. H. LUPTON, Archbishop Wake and the Project of Union (1717-1720) between the Gallican and Anglican Churches, Londres, 1896, et Edmond PRECLlN, L'Union des églises gallicane et anglicane, Paris, 1928.]. L'ensemble de la correspondance est reproduit, avec quelques documents de première importance, par J. Gres-Gayer, qui fournit en outre d'abondantes et érudites notes explicatives. La présentation claire des documents, systématiquement résumés et situés, et qui figurent ici dans leur langue originale (principalement anglais, français et latin), permet de se déplacer sans jamais se perdre dans cette précieuse correspondance. Il faut, d'ailleurs, remercier l'auteur de la mettre ainsi à la disposition des chercheurs.
Pourtant cette présentation même, en dépit de son évidente commodité, appelle quelques réserves, ainsi que la lecture proposée dans la brève introduction qui précède les documents. J. Gres-Gayer a cru bon de diviser l'ensemble en cinq groupes majeurs, censés reproduire la progression des événements, des « préparations » et des « espérances » à l' « échec » et à la « dispersion », en passant par une phase où l'on croit aller « vers le schisme ». En créant ainsi l'impression trompeuse d'une succession d'étapes homogènes, c'est-à-dire en fait en persistant à reconstituer, contre l'arbitraire d'une sélection, la logique d'un récit, il semble que J. Gres-Gayer cède à une illusion rétrospective, entretenue par son désir d'intégrer l'épisode décrit dans le cadre général de la problématique de l'œcuménisme. Or, si le projet a jamais eu une réalité à l'époque, ce fut avant tout dans l'esprit de Beauvoir, qui semble tout au long de ses lettres aveuglé par l'enthousiasme pour une idée en laquelle peu des intéressés, à commencer par Wake lui-même, semblent croire. Il exista aussi, sans doute, dans l'esprit des adversaires catholiques du jansènisme, ou des adversaires anglicans du « papisme ». Le même sentiment anticatholique qui rendait les jansénistes sympathiques aux yeux de certains, fit craindre à d'autres le retour du « complot papiste », dont ce projet fantôme avait l'air d'être la forme la plus sournoise, partant la plus à redouter [Les ennemis d'un rapprochement exagérèrent la portée de la correspondance aussitôt qu'ils connurent son existence. On alla jusqu'à parler du « plus abominable complot qu'un Docteur Catholique ait pu tramer en matière de religion » (cité par Ruth CLARK, Strangers and Sojourners at Port Royal, Cambridge, 1932, p. 258).]
Replacée dans la perspective longue de la vision anglaise du catholicisme, la correspondance présentée ici reprend des proportions plus sobres. L'unification de l'Église d'Angleterre et de l'Église de France fut certes un des serpents de mer de toute la période qui suivit la naissance du mouvement janséniste en France, puisque dès 1650 une tentative de rapprochement fut amorcée du côté anglais par Richard Stewart et sir George Ratcliffe, sans rencontrer aucun succès. En 1694, sir William Trumbull est averti par un correspondant qu'une réforme sur le modèle anglais se prépare en France. Entre les deux dates, la littérature janséniste est largement traduite en Angleterre, dans une série compacte de publications inaugurée par la traduction des Provinciales en 1657. L'épisode étudié par J. Gres-Gayer s'inscrit donc dans la continuité d'un intérêt prudent manifesté par les Anglais à l'égard de l'histoire de l'Église de France, en particulier dans ses rapports avec Rome [En 1680, Robert Boyle envisagea de faire traduire la préface du Nouveau Testament de Port Royal pour l'édition irlandaise du Nouveau Testament dont il organisait la publication. Il dut finalement accepter un compromis, de nombreuses autorités ecclésiastiques supportant mal qu'on égratignât les figures les plus illustres de la Réforme anglicane.]. Quand Beauvoir cherche à convaincre Wake de la possibilité d'une ouverture, ce n'est donc pas la première fois qu'un rapprochement a été esquissé sans succès. La méfiance à l'égard du catholicisme est alors trop fermement ancrée, en Angleterre, pour que de véritables espoirs soient permis. Si la critique de la puissance du pape et le refus de son infaillibilité peuvent sembler séduisants à des mentalités anglicanes, en revanche la distance théologique demeure irréductible sur bien des questions. L'attitude gallicane, même en ses aspects les plus extrêmes, est de toutes façons timorée aux yeux de qui garde en mémoire l'audace politique du schisme henricien. Enfin, l'organisation interne de l'église anglicane, préoccupée depuis le XVIIe siècle par la question de la comprehensiveness, ne permet pas d'envisager le rapprochement avec une église catholique sans risques pour l'équilibre déjà fortement menacé des différentes composantes de l'Église d'Angleterre. L'opposition entre low church et high church, le problème du sort des dissidents, la récente crise arienne empêchent d'envisager le rapprochement avec réalisme. Wake, au demeurant, ne semble jamais très convaincu du sérieux des possibilités décrites par certains de ses correspondants, qui montrent parfois trop d'empressement à vouloir faire revenir les anglicans dans le giron de l'église catholique. Il y a, dès le début, un malentendu qui ne se dissipe jamais vraiment et qui donne à cette correspondance l'apparence intermittente d'un dialogue de sourds. Relevons à ce propos l'étrange affirmation de l'auteur, pour qui Du Pin « ne se propose pas de réécrire » certains des Trente-neuf Articles de l'église anglicane, mais suggère « une rédaction plus conforme » (p. 29) ou veut « proposer des modifications textuelles » (p. 33).
Enfin, à un niveau plus théorique, on pourrait reprocher à J. Gres-Gayer de séparer le théologique du politique de façon excessive, alors que seule la prise en considération de leur solidarité parfois étroite permet de rendre compte des phénomènes religieux de la période, en particulier du côté anglais, où la critique des « superstitions papistes » n'est jamais séparable d'une critique du pouvoir temporel du pape, et où les débats sur la question trinitaire prennent immanquablement l'aspect d'une réflexion générale sur la notion d'autorité. J. Gres-Gayer a trop tendance à traiter le politique comme « élément » externe et souvent nuisible des relations entre les différentes organisations ecclésiastiques, ce qui l'amène à lui donner une place périphérique [Ajoutons en passant que certains jugements portés par l'auteur semblent parfois rapides : tandis que Du Pin a selon lui « un goût trop affirmé pour une érudition sans compromis» (p. 15), Law se trouve crédité d'un « merveilleux système monétaire» (p. 24). ]. Or, un véritable renouvellement de l'étude des mouvements religieux n'est possible qu'à condition d'abandonner l'idée que le religieux disposerait, en théorie comme dans les faits, d'une autonomie constamment menacée par les empiétements du politique.


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