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N°61 DE L'UTILITÉ DES VERTUS. Éthique et alliance

N°61 DE L\'UTILITÉ DES VERTUS. Éthique et alliance

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Date d'ajout : samedi 08 janvier 2011

par Automne 2004 CATOLICA

Il faut tout de suite dire de ce traité de morale (de 411 pages) qu'il est remarquable par la clarté de sa rédaction, sa réelle pédagogie, son souci de fidélité aux sources thomistes et son intérêt pour des auteurs et courants contemporains, l'utilitarisme principalement. En outre, chaque fois qu'il s'agit de présenter un concept perdu de vue, une explication est donnée qui tient compte de cet oubli et de ses raisons. Comme son titre l'indique, ce sont les verrtus qui constituent l’objet de l'ouvrage, et auxquelles est consacrée la partie centrale de ce dernier. Une longue introduction éclaire ce choix (qui est celui de saint Thomas) et la fin du livre ouvre des pistes critiques à propos de Hume, Bentham, Mills, et des auteurs contemporains, tels que Rawls, MacIntyre, K. O. Apel, etc. (Un regret cependant : désireux sans doute de concéder ce qui peut l'être, l'auteur se montre insuffisamment critique, et même insuffisamment perspicace, à l'égard de John Rawls.)
Fait appréciable, qui crée la différence avec les manuels de morale qui ont longtemps dominé l'enseignement ecclésiastique, un accent spécial est mis sur la vertu de prudence, véritable régulateur des consciences el des jugements pratiques. Le chapitre qui lui est consacré est assez court (pp. 176-199), mais il pose des principes salutaires. « On ne saurait trop insister sur la portée de la doctrine thomiste de la prudence. Thomas est parvenu à un point de vue qui lui permet de dépasser les oppositions entre stoïcisme et aristotélisme, entre morale humaine et morale chrétienne, entre la primauté de l'intelligence et la primauté du vouloir libre. Retrouver cette perspective permet d'articuler toutes les dimensions de la morale que nous avons toujours tendance à opposer. » Malgré tous ses avantages, ce travail connaît des limites, tout simplement parce qu'il n'approfondit pas, souvent faute de place, les nombreuses pistes qu'il ouvre, d'où une impression d'inachèvement – accentuée par le fait que la politique, qui est une forme majeure de la vertu de prudence, n'est pas abordée, et que les questions de justice sociale ne sont qu'effleurées; l'approche reste dans l'ordre de la morale individuelle. Il reste à espérer qu'en tant que vue introductive d'ensemble, il suscite chez ses lecteurs – au premier rang desquels les séminaristes à qui le P. Sentis adresse son enseignement dans le cadre du Séminaire de Fréjus-Toulon – l'envie d'approfondir.


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