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N°61 DE L'UTILITÉ DES VERTUS. Éthique et alliance

N°61 DE L\'UTILITÉ DES VERTUS. Éthique et alliance

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Date d'ajout : samedi 30 novembre 2013

par Annie LAURENT

REVUE : Famille chrétienne n° 1390 2004


Pas de bonheur sans vertu !

Un programme qui pourrait paraître bien tristounet ! C'est pourtant tout le contraire, explique le Père Laurent Sentis, docteur en théologie, directeur des études au séminaire de Fréjus-Toulon, dans un livre qu'il vient de publier : De l'utilité des vertus. Ce sont elles qui procurent son dynamisme à notre vie.

Propos recueillispar Annie Laurent

Le mot « vertu » a mauvaise presse aujourd'hui : on dirait qu'il fait peur, même aux chrétiens.
En effet, ce mot est mal compris, Ce ne fut pas toujours le cas. Le thème de la vertu était au centre de la réflexion morale des hommes de l'Antiquité et du Moyen Âge. Il désignait une certaine perfection de l'homme soucieux de réussir sa vie en communauté. A mon sens, c'est la montée de l'individualisme qui a marginalisé cette notion.
L’individualisme est né au XIVe siècle lorsque l'attention des philosophes et des théologiens s'est portée sur l'homme en tant que sujet libre. Dès lors, la question morale n'était plus celle du bonheur mais celle de la nécessaire limitation de cette liberté. On peut voir l'expression de cet individualisme dans l'article 4 de la Déclaration de 1789 : la liberté consiste à faire tout ce qui ne nuit pas à autrui, et la loi est précisément ce qui définit la frontière entre la liberté de chacun et celle d'autrui.

Mais alors, à quoi bon promouvoir l'utilité des vertus, comme le suggère le titre de votre livre ?
Tout le monde reconnaît volontiers qu'une morale centrée sur la loi est nécessaire mais pas suffisante, car elle ne répond pas à la question du sens de la vie. Certains auteurs distinguent la morale et l'éthique. Pour eux, la morale étudie les règles qui limitent la liberté, l'éthique réfléchit davantage sur le sens de la vie. C'est alors que la question de la vertu retrouve tout son intérêt : les vertus sont utiles si l'on veut réussir sa vie.
Cela étant dit, je pense que l'individualisme ne donne pas une notion très satisfaisante de la liberté.

Pourquoi ?
Si la liberté consiste à pouvoir agir selon mon désir en veillant simplement à ne pas nuire à autrui, je peux être attiré par certains comportements qui agissent sur moi comme une drogue. Or il me semble que l'on est plus libre lorsqu'on s'abstient de la drogue que lorsqu'on s'en rend esclave.
Certes, on peut réprouver l'usage de la drogue en montrant ses répercussions nuisibles sur la société, mais je crois que, plus fondamentalement, même si le drogué ne nuit pas à la société, la drogue lui fait du tort principalement parce qu'elle diminue sa liberté.
Il faut plutôt concevoir la liberté comme capacité d'initiative dans le bien. C'est donc pour faire grandir cette capacité d'initiative dans le bien que la vertu est utile.
La perte du sens et de la pratique des vertus n'a-t-elle pas des incidences négatives sur la vie sociale ?
Réussir sa vie, c'est prendre des initiatives, mais c'est aussi vivre en communauté. Les deux aspects sont liés. Une communauté heureuse est celle qui permet à chacun de prendre des initiatives et celles-ci sont heureuses si elles s'intègrent bien dans la vie sociale.
C'est pourquoi être vertueux ne consiste pas à se complaire dans sa propre perfection mais conduit à œuvrer pour le bien commun. Une morale des vertus n'oppose pas la réussite personnelle et la réussite communautaire, elle conjugue l'une et l'autre.
En ce sens, nos concitoyens découvrent combien ce qu'on appelle pudiquement les « incivilités », qui sont en fait un manque de maîtrise de soi ; nuisent non seulement à la société mais aussi à ceux qui les commettent.

N'avez-vous pas l'impression que l'on est entré dans un processus de barbarie ?
Je crois qu'un certain nombre de comportements individuels et une certaine permissivité de la société sont inquiétants. Il ne faut cependant pas voir que le négatif.
Le principe énoncé par l'article 1 de la Déclaration de 1789 souligne que les hommes naissent libres et égaux en droits. Il n'exprime certes pas la totalité de la morale chrétienne, mais comporte quand même une vérité. Beaucoup de nos contemporains, chrétiens ou non chrétiens, en vivent.

La vertu n'est donc pas l'apanage du christianisme ?
La notion de vertu est née dans la Grèce païenne. Elle a été christianisée mais, en même temps, l'Eglise a toujours reconnu que les vertus pratiquées par les païens ont de la valeur. C'est pourquoi elle demande aux moralistes chrétiens d'étudier les grands principes de la loi naturelle en faisant appel à la lumière de la raison.
Cependant, la lumière de la grâce nous aide à percevoir toutes les profondeurs de l'homme. C'est la raison pour laquelle la morale chrétienne va plus loin que toute autre morale. Comme le dit le concile Vatican II, « le mystère de l'homme ne s'éclaire vraiment que dans le mystère du Verbe incarné » (Gaudium et spes, 22).

Dans ces conditions, comment se fait-il que l'Eglise soit disqualifiée , quand elle parle de morale ?
L’un des principaux objectifs de mon livre est de répondre à cette question.
Tout le monde sait que lorsque le Pape prend la défense des droits de l'homme, il est applaudi, mais que dès qu'il parle des exigences morales dans le domaine de la sexualité, il est vigoureusement contredit. Cela vient de ce que j'ai déjà expliqué : l'homme moderne n'accepte de morale que si on lui montre en quoi le fait de s'en écarter peut nuire à autrui.

Quelles sont les vertus tes plus problématiques et les moins pratiquées aujourd'hui ? L’individualisme conduit à un laisser-aller général. En ce sens, les vertus dont nous avons le plus besoin sont les vertus modératrices. Les plaisirs sont légitimes, mais leur bon usage demande de la modération. Cette vertu est sans doute la clé d'une vie de famille réussie et heureuse à laquelle tout le monde aspire.
Les difficultés de la vie de famille proviennent de ce que les Anciens appelaient les passions, c'est-à-dire tous ces mouvements affectifs et agressifs qui sont suscités en nous par des objets réels, imaginaires ou symboliques. En tant que tels, ces mouvements de sensualité ou de colère ne sont moralement ni bons ni mauvais : tout dépend de l'usage que l'on en fait. C'est en recourant aux vertus que l'on règle ces différents mouvements.
Prenons l'exemple d'un couple au bout de dix ans de mariage. Il peut connaître des tentations d'infidélité, des incompréhensions, des disputes graves. Or, trop souvent, les époux n'ont pas fait l'effort d'examiner les passions qui les agitent et ne se sont pas exercés à les contrôler.
Dans mes sermons de mariage, j'insiste beaucoup sur la douceur; qui permet de maîtriser la colère etles impatiences, sur l'humilité, qui permet de modérer l'affirmation de soi et donc de reconnaître ses torts et de proposer une réconciliation, et sur la chasteté, qui permet d'avoir une activité sexuelle épanouie en respectant la personne de son conjoint ainsi que l'ordre voulu par le Créateur.

Dans votre livre, vous abordez également les vertus théologales.
II me semble que beaucoup de chrétiens en ont perdu le sens.
Vous avez raison. Souvent, la Foi est réduiteà une simple conviction, l'Espérance à un vague désir de vie après la mort, et la Charité à un sentiment humanitaire.
Je cherche donc à retrouver les intuitions de saint Thomas d'Aquin et à montrer que, en tant que vertus, la Foi, l'Espérance et la Charité sont des dynamismes spirituels qui nous unissent à Dieu et nous font vivre de sa vie.

La Foi n'est-elle pas aussi confondue avec la croyance, notamment dans une pratique mal éclairée du dialogue interreligieux ?
Oui. Ici, se manifeste le relativisme de notre époque. La notion de religion est sans doute une des notions les plus complexes et les plus mal comprises. Au fond, une religion coïncide avec ce que, dans mon livre, j'appelle une alliance. En ce sens, la Nouvelle Alliance ne disqualifie pas les autres religions, tnais elle en montre le caractère limité et provisoire.
Je:crois qu'on ne peut en sortir qu'en redécouvrant la dimension communautaire de la vie théologale, qui n'est autre que la Nouvelle Alliance.
Il y a assurément des personnes dans l'Eglise catholique qui ne vivent pas de la Nouvelle Alliance, tout comme il y a des personnes qui en vivent sans faire partie de l'Eglise catholique. Il n'empêche que c'est l'Eucharistie célébrée par l'Eglise qui est le lieu où la Nouvelle Alliance se communique et se rend visible.

Ce beau programme ne relève-t-il quand même pas à la fois de la nostalgie et de l'utopie dans le monde actuel ?
Tant qu'on n'a pas fait l'expérience que le christianisme est une vie nouvelle en Jésus-Christ, on a tendance à le réduire à un ensemble de doctrines à accepter, de règles à observer et de rites à pratiquer. Et un tel christianisme semble appartenir au passé. On peut alors en avoir la nostalgie, ou le rejeter ; ou bien prétendre l'adapter au monde moderne.
En revanche, ceux qui ont goûté à la vie nouvelle des enfants de Dieu se rendent compte que les vertus théologales et les vertus morales qul.en découlent sont bien le chemin du bonheur dès ici-bas et pour l'éternité.


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