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09. LES JÉSUITES

09. LES JÉSUITES

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Date d'ajout : mardi 23 mai 2017

par G. BOTTEREAU

ARCHIVUM HISTORICUM S.I., XLIII, 1974

Ce volume reprend l'article Jésuites du Dictionnaire de Spiritualité, t. VIII, col. 958-1065 (ici p. 1-196). S'y ajoutent : Introduction. Genèse d'une spiritualité : Ignace de Loyola, par Alain Guillermou (p. VIII-XXXI), et En guise de conclusion. Les Jésuites demain ... Réflexions sur une date historique, par Karl Rahner (p. 197-205). Le premier paragraphe de cette conclusion explique sa présence : « Le 21 juillet 1773 sous la pression des cours des Bourbons, le pape Clément XIV supprimait la compagnie de Jésus, après une existence de plus de deux cents ans. En 1814, quarante et un ans plus tard, Pie VII la rétablissait et elle est encore à l'œuvre aujourd'hui. Le deuxième centenaire de l'événement a fourni l'occasion aux jésuites et aux autres non seulement d'une rétrospective historique, mais encore d'une réflexion critique sur la situation actuelle de l'ordre ». L'article était paru en allemand, le 31 août 1973. Tel était bien l'esprit de cette recherche (p. 1) : « Il y a vingt ans, Joseph de Guibert publiait une histoire de La spiritualité de la compagnie de Jésus ... Plutôt que de reprendre le même point de vue ... on tente ici une approche plus large et plus diversifiée de la vie spirituelle de la compagnie de Jésus en s'interrogeant sur des questions comme l'équilibre entre l'action et la vie intérieure, sur les tendances qui jouent au sein de l'ordre, sur la conscience que prend telle congrégation générale ou tel supérieur général des problèmes de l'heure, sur le langage des spirituels, sur l'influence des missions lointaines dans la compagnie et sur la culture européenne, etc. »
L'introduction présente Ignace mystique et suggère en particulier de confronter le Journal spirituel et la Correspondance pour saisir le contemplatif dans l'action. C'est en effet une considération essentielle pour comprendre la spiritualité de la Compagnie de Jésus.
Une « Bibliographie générale », par André Derville (p. 5-11), résume et complète la Bibliographie zur Geschichte der Gesellschaft Jesu de L. Polgar (Rome 1967). Cette bibliographie est d'autant plus importante qu'elle doit suppléer à tous les aspects que l'article ne traite pas.
L'ensemble comprend 7 tableaux:
1. « Les débuts de la Compagnie de Jésus, 1540-1556 » (p. 13-28), par Candido de Dalmases, donne un raccourci très dense d'une période désormais bien étudiée mais décisive pour l'intelligence des développements ultérieurs : 1. Activité législative. - 2. Expansion apostolique en Europe et dans les pays de missions. - 3. Les collèges. - 4. La réforme catholique et le Concile de Trente. - 5. Les écrits spirituels. - 6. L'état de la Compagnie à la mort de son fondateur. - 7. Une spiritualité jésuite ? - À cette demande l'auteur répond: la première génération des jésuites - tous marqués par les Exercices et les Constitutions de saint Ignace - présente une diversité à l'intérieur d'une même ligne générale. Il suffit de comparer les documents personnels qui nous restent d'Ignace, de Favre, de Nadal, de Canisius et de Borgia. Depuis la rédaction de l'article, un ouvrage neuf et solide s'est ajouté aux études signalées : A. RAVIER, Ignace de Loyola fonde la Compagnie de Jésus (Paris 1974). Il fait l'objet d'une recension particulière (p. 333-336). .
II. « Élaboration de la spiritualité des jésuites, 1556-1606 » p. 29-52), par Ignacio Iparraguirre. L'auteur avait étudié spécialement cette période dans les deux premiers tomes de son Historia de los Ejercicios (Roma 1946-1955) et dans son Répertoire de spiritualité ignatienne 1556-1605 (Rome 1961), en collaboration avec J. F. Gilmont. Ce dernier, dans Les écrits spirituels des premiers jésuites (Rome 1961), donnait une présentation riche et succinte de chacun des ouvrages imprimés et de quelques manuscrits de cette période. Cette seconde section de l'article étudie : 1° la transmission de l'esprit ignatien par les intimes du fondateur: Lainez, Nadal, Polanco, Canisius, et leurs premiers disciples ; 2° la formation spirituelle qui s'organisa surtout sous le généralat de Borgia dans les noviciats et les collèges ; 3° les premières difficultés suscitées par la surcharge de travail ou par un enthousiasme juvénile parfois romantique.
Sous Mercurian (1573-1581), le premier général non espagnol, une politique de vigilance et de fermeté purifia sans doute la spiritualité mais donna au bon ordre plus d'importance qu'à la liberté intérieure. Aquaviva, qui lui succéda et gouverna 34 ans une Compagnie en développement rapide, sut dominer la situation grâce à sa largeur de vue, sa culture historique et patristique, son expérience spirituelle et sa prudence. Il se préoccupa du gouvernement spirituel, de la formation des supérieurs et de la rénovation intérieure des individus. La masse d'instructions qu'il donna peut sembler aujourd'hui excessive et masquer un peu l'horizon ignatien. Elle eut certainement alors un effet salutaire en canalisant l'élan mystique vers une action apostolique pleinement dépendante de l'obéissance, et l'auteur peut conclure (p. 51) : « Sous le généralat d'Aquaviva la spiritualité de la compagnie a pris conscience de ses principaux caractères : christocentrique, apostolique, et de son fondement sur les Exercices ignatiens ».
III. Un tableau spécial, dû à M. de Certeau, étudie plus en détail « La réforme de l'intérieur au temps d'Aquaviva » (p. 53-69). Ce travail, basé principalement sur les Archives Romaines de la Compagnie, synthétise et élargit à la fois l'excellent article Crise sociale et réformisme spirituel au début du XVIIe siècle : Une « nouvelle spiritualité » chez les Jésuites français (Revue d'ascétique et de mystique, t. 41, 1965, p. 339-386), publié simultanément dans le volume Le mépris du monde : Problèmes de vie religieuse (Paris 1965). Le seul reproche qu'on puisse lui faire est de laisser dans l'ombre la majorité silencieuse des religieux sans problèmes qui vivent leur dédition au Seigneur dans le ministère quotidien de la prédication, de la direction spirituelle et de l'enseignement. Certaines formules un peu trop brillantes seraient sans doute à estomper, par exemple cette conclusion : « la politique d'Aquaviva, c'est la construction d'une frontière et d'un lieu intérieur ; c'est la fin de l'itinérance » (p. 65). Encore que l'on puisse l'interpréter dans le même sens que la formule citée plus haut, à la fin du second tableau. L'enquête universelle ordonnée par Aquaviva en 1606 sur les « detrimenta Societatis » et les résultats qu'il en tira pour le gouvernement spirituel de toute la Compagnie conservent une valeur exemplaire.
IV. « Le 17e siècle français » (p. 71-109) est également traité par M. de Certeau. D'après le plan de la p. 3, le titre complet serait : « Le dix-septième français et ses langages spirituels ». La vivacité du rédacteur est ici étourdissante. C'est un pétillement de formules scintillantes, pas toujours claires, et d'aperçus divers, dont aucun n'est sans intérêt, mais dont il résulte un tableau non-figuratif. Tel quel, cet amas de références et d'observations pourra servir à l'historien, mais déroute le commun des lecteurs. Noter que la thèse inédite de A. Demoustier indiquée p. 72 a été publiée dans notre revue: AH SI 42 (1973) 3-105; 43 (1974) 3·84.
V. Avec le cinquième tableau : « Les jésuites de l'assistance de Germanie, 1648-1773 » (p. 111-134), nous sommes dans un tout autre climat : « c'est un sondage par temps calme » opéré par les Pères Hans Wolter, Günther Siwek, Klaus Peter Dietz, avec deux pages sur les jésuites de Pologne et de Lithuanie au XVIIIe siècle, signées Karel Gorski. Le premier siècle de l'histoire des jésuites dans toute l'Europe centrale n'est pas traité. On doit recourir pour cette partie plus importante aux deux premiers tomes de B. Duhr, Geschichte der Jesuiten in den Liindern deutschen Zunge (cf. in p. 410, n. 182), dont l'exposé dépend d'ailleurs largement pour la période qui l'intéresse. A propos du ministère des Exercices spirituels (p. 123), pour illustrer l'affirmation « on constate inévitablement (indubitablement ?) des divergences parfois considérables sur les points fondamentaux », se référer aux analyses du spécialiste qu'était I. Iparraguirre dans ses Comentarios de los Ejercicios ignacianos (siglos XVI-XVIII). Repertorio critico (Roma 1967). Le travail sera facilité par son « Indice geografico : Germania antigua », p. 313-317. Noter également que l'ouvrage de R. Wehner annoncé en dernier lieu, p. 134, est sorti sous le titre Jesuiten im Norden : Zur Geschichte des Ordens in Schweden, 1. 1574-1879 (Paderborn 1974).
VI. « La perspective missionnaire dans la spiritualité des jésuites » (p. 135-154), par le Père Joseph Masson, constitue une synthèse importante et bien documentée, fondée sur un grand nombre de faits et de textes. Il est sans doute possible de souligner encore davantage le caractère primordial de la perspective missionnaire dans la construction même des Constitutions de saint Ignace. C'est du moins ce qu'a tenté l'ouvrage de Dominique Bertrand S. I., Un corps pour l'esprit : Essai sur l'expérience communautaire selon les Constitutions de la Compagnie de Jésus (Paris 1974), où la septième partie, concernant les « missions » à donner et à recevoir, est présentée comme le point de mire vers lequel a été dirigé tout le programme de formation des religieux et d'organisation du gouvernement.
VII. « La nouvelle Compagnie en France », du Père Pierre Vallin (p. 155-196), offre un tableau en grande partie original. Il embrasse les années 1814-1950, distinguant trois périodes : 1° Du rétablissement de la Compagnie au Syllabus. - 2° Du Syllabus aux Lois de Séparation. - 3° de la Séparation aux années 1950. Durant la première, les effectifs peu nombreux cherchent l'union intime de la pensée et de la vie spirituelle (mennaisianisme et ontologisme). Durant la seconde, on assiste à une extension des œuvres et à un rayonnement spirituel: Apostolat de la prière, direction de nouveaux instituts religieux; mais aussi à un raidissement de la discipline - avec la distinction notable entre les « Pères de Paris », plus ouverts mais moins dynamiques, et les « Pères du Midi », plus batailleurs, dont la production spirituelle a « opéré un vigoureux recentrage de la dévotion d'un public étendu sur la personne de Jésus-Christ et son amour rédempteur » (Gautrelet, Ramière, Ginhac, Lyonnard, etc.). La troisième période voit s'affronter un certain positivisme ecclésiastique (par exemple : Auguste Poulain, Des grâces d'oraison) à une recherche dont Pierre Rousselot est la figure plus typique. Toutes ces dernières pages de l'exposé sont très suggestives.
Si l'article considérable du Dictionnaire de spiritualité que nous venons de présenter laisse le lecteur sur son appétit, ce qu'il donne est du moins éclairant et stimulant. Puisse-t-il susciter de nouvelles recherches.


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