Editions BEAUCHESNE

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10. DIEU

10. DIEU

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Date d'ajout : mardi 21 février 2017

par P. OLIVIER

REVUE : RECHERCHES DE SCIENCE RELIGIEUSE

Le volume Dieu comme les précédents volumes de la collection Philosophie, publie les résultats d'une « recherche commune entreprise par des enseignants de la Faculté de Philosophie de l'Institut Catholique de Paris, ainsi que de quelques collègues qui ont accepté de s'agréger à cette recherche » (p. 5). La question de Dieu, qui est à l'horizon de cette recherche commune depuis ses débuts, est ici reprise dans une perspective qui revendique une certaine originalité.
Trois grands axes (La question de l'existence, la question du Nom et de la nomination, la question de l'altérité) ou trois grands pôles organisent ce travail, avec des liaisons transversales entre eux. « La question du langage en particulier, traverse l'ensemble de ces études, mais est abordée selon des axes et des perspectives différentes. Cet enrichissement progressif d'une question, qui ne se laisse plus cantonner dans un secteur bien délimité, a de quoi surprendre ceux qu'une tradition vénérable avait habitués à dissocier autant que possible le questionnement sur l'existence, la connaissance et la nomination de Dieu. Que cette dissociation s'avère impraticable est un des symptômes de la nouveauté du questionnement proposé ici » (p. 7). Dix études, outre la présentation de Jean Greisch, études d'un intérêt inégal, composent le volume. Sous le titre : Existence et Langage, la première partie réunit : Maria da Penha Villela-Petit, Parler à Dieu, parler de Dieu ; Pierre Faucon, La création comme théophanie ; Jean Milet, L'existence de Dieu. Un probléme mal posé ? Quelques réflexions méthodologiques ; Jacques-Raoul Marello, Dialectique de l'idée et de la preuve en toute théologie naturelle. Sous le titre : Le Nom et la nomination, la deuxième partie coiffe le remarquable article de François Marty, Analogie et causalité. L'arrière-pays de l'analogie des noms divins. Sous le titre : Autrui et l'Autre, la troisième partie regroupe les contributions de Gwendoline Jarczyk (L'altérité fondamentale), Philippe Kaeppelin (Saint Augustin. Les mises en scène dans les Confessions), François Bousquet (Altérité, aliénation, alliance), Alfred Gomez-Muller (Dieu et l'agir transformateur humain. Réflexions à partir d'une perspective heideggérienne), Pierre-Jean Labarrlère (Quand Dieu s'envisage dans l'homme).
La contribution de Maria Villela-Petit est incontestablement originale par la distance qu'elle ose prendre à l'égard de Heidegger. D'une part, s'interrogeant sur la pertinence du propos de Heidegger relatif à l'essence de la théologie chrétienne, soulignant que, dans le prolongement luthérien du refus de toute théologie naturelle, Heidegger « postule que la question du Dieu de la foi (chrétienne) est primordialement la question du 'Dieu crucifié' (‘der gekreuzigte Gott’) » (p. 20), Maria Villela-Petit refuse de suivre l'auteur de Phänomenologie und Theologie, quand il écrit que « la théologie est, quant à son essence, néo-testamentaire » (p. 22). On rend incompréhensibles la vie et la passion de Jésus quand on méconnait « l'antériorité d'une expérience de foi dans le Dieu vivant, qui a pu être celle de Jésus lui-même » (Idem). Il est impossible de dissocier les deux Testaments, de telle sorte que la question de fond demeure, qui, tout en nous maintenant à l'intérieur de la théologie comme discipline positive, nous oriente aussi vers la critique de l'onto-théologie ; cette question de fond est : Est-on en droit de séparer la foi en Jésus-Christ sauveur de la foi en le Dieu créateur ? Et peut-on envisager la question de Dieu à partir du seul Nouveau Testament sans un contre-sens exégétique qui aboutit à restreindre la signification théologique de l'événement christique lui-même ? (p. 23). - D'autre part, elle remet en cause le refus heideggérien, trop facilement accepté par la philosophie contemporaine, de la notion de création. En observant que le livre de la Sagesse et l' Épître aux Romains, les Livres de la Genèse et de l'Exode ont « fourni la base scripturaire sur laquelle les médiévaux ont envisagé la possibilité d'une approche philosophique (mais non exclusivement) de la question de Dieu, en même temps qu'ils tentaient de construire une ontologie de l'ens creatum », Maria da Penha Villela-Petit se propose d'interroger cette ontologie de l'ens creatum, en vue d'une « déconstruction » qui n'implique pas forcément un rejet, mais tente plutôt une reconsidération herméneutique et phénoménologique de cette notion si essentielle pour la foi (p. 26). La déconstruction de l'ontologie de l'ens creatum aurait beaucoup à apprendre de saint Bonaventure (p. 28) et de saint Thomas (pp. 29-30). Sans rejeter complètement l'interprétation heideggérienne, elle aurait à retrouver la profondeur du regard contemplatif que les théologiens médiévaux portaient sur la création et qui leur permettait de redresser les perspectives, que le paradigme de la production artisanale projetait sur le monde créé. La deuxième partie de l'article, pour être rapide, n'en est pas moins intéressante ; discutant les thèses trop abruptes de J. L. Marion, elle n'hésite pas à renouer avec Thomas d'Aquin :
• Le débat avec saint Thomas doit rester ouvert et aurait sans doute à porter en un premier temps sur le caractère objectivant du discours thomiste, entièrement délocutif (ce qui n'était pas le cas chez Denys), discours qui occulte la profondeur mystique avec laquelle saint Thomas a fait l'expérience du divin comme Esse, expérience qui pourtant ne cesse de travailler sa pensée. Une pensée où l'esse distinct de l'ens est intelligible mais non conceptualisable n'abriterait-elle pas déjà en elle une critique implicite des formes qu'a pu revêtir l'onto-théologie dans la métaphysique moderne ? (p. 41).

1Quoi qu'il en soit de la réponse à cette question, l'auteur marque, en conclusion, fermement deux choses : d'une part, que la pensée de l'Ereignis, bien loin de rejoindre une pensée de la création, est « la plus formidable alternative à cette pensée dont l'Occident ait été capable »; d'autre part, que la question du Dieu créateur, sans autoriser un détournement de la question de l'être, est inéluctable pour tous ceux qui veulent se mettre à l'écoute de Dieu, en se faisant toujours plus attentif au langage biblique» (p. 42).
En nous attardant sur l'article de Maria da Penha Villela-Petit, nous n'avons pas voulu négliger les autres contributions de ce volume ; nous avons déjà dit tout le bien que nous pensions de celle de F. Marty, mais nous ne pouvons pas prolonger ce compte rendu. Ajoutons seulement que la communication de A. Gomez-Muller (« la construction du sentier du divin se réalise dans l'engagement historique du côté de l'opprimé dans la tâche de libération et réalisation de l'essence humaine », p. 182) ne nous a pas convaincu ; que les réflexions méthodologiques de Jean Milet nous semblent d'un éclectisme discutable et philosophiquement insatisfaisant ; que les autres contributions (mises à part, celles assez remarquables de P. Faucon et de P. J. Labarrière) sont honorables, mais ne font pas preuve d'une très grande originalité spéculative. Peut-être nous permettra-t-on de conclure sur la belle méditation de P. J. Labarrière, reprenant une formule de saint Thomas (Christus est quasi unus homo) : le Christ en s'identifiant au pauvre s'identifie potentiellement à tout homme et institue l'homme comme être authentiquement libre .
« La plénitude achevée de sa relation au pauvre fait (que le Christ) est pour nous - dans l'entre-deux de la médiation bien plus que dans l'opposition du face-à-face - celui en qui et par qui toute relation peut venir à sa vérité. Dieu, en cette intelligence dernière ? Une autre manière de se tenir dans le même. C'est-à-dire justement de vivre la relation. Il est à la fois pour nous le sans-visage et le visage infiniment multiplié. Son Visage totalement unique, c'est d'être le sans-visage de tous les visages »(p. 197).


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