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13. PENSER LA RELIGION. Recherches en philosophie de la religion

13. PENSER LA RELIGION. Recherches en philosophie de la religion

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Date d'ajout : mardi 22 août 2017

par Christian SAINT-GERMAIN

SCIENCE ET ESPRIT, MONTRÉAL, 2, 1993

Cet ouvrage, qui s'insère avec bonheur dans la liste des nombreux volumes de la collection « Philosophie » se donne pour objectif, sous la plume de plusieurs collaborateurs, de penser rien de moins que la religion. Entendons ici, afin d'éviter les trop grands vertiges que comporterait pareil projet, qu'il s'agit ici de ressaisir cette discipline singulière qu'est la philosophie de la religion. C'est donc dans l'optique d'un questionnement de l'essence du phénomène religieux, de la vérité des religions autant que de leur devenir historique, que s'inscrit cet ambitieux projet.
D'entrée de jeu Jean Greish situe le caractère équivoque de la philosophie de la religion qui pourrait fort bien être pour certains le « cheval de Troie de la théologie dogmatique » (p. 6) ou, pis encore, et cette fois de manière plus pernicieuse, se révéler être une « subtile idolâtrie conceptuelle dont la vraie théologie viendrait nous délivrer » (p. 6). Sans trop s'attarder au précaire, sinon litigieux statut épistémologique de cette discipline, disons que le présent ouvrage suit des auteurs judicieusement choisis : Augustin, Lulle, Eckhart, Anselme, pour ne nommer que ceux-là, autant de stations, de passages obligés qui remettent en lumière l'étrange proximité entre l'acte philosophique considéré comme exercice spirituel et l'acte religieux. Ainsi les auteurs repassent par les grandes pièces des édifices apologétiques - notamment l'argument ontologique d'Anselme, le De uera religione d'Augustin - pour rappeler qu'avant de se cristalliser en preuves, l'existence de Dieu fut ordonnée d'abord à des démarches, des viae.
En parcourant ce collectif dans ses trois parties principales, soit : Théologie philosophique et philosophie de la religion, le sujet religieux, et enfin religion et langage, nous avons retenu trois articles qui, à eux seuls, exigeraient presque que l'on se procurât l'ouvrage, tant les débats sont menés de manière originale et rigoureuse. J'emprunte d'abord à la première section l'article d'Yves Ledure : « Mort de Dieu et transcendance », où l'A. organise une solide introduction aux conséquences actuelles du constat nietzschéen. En effet, le sujet se produit dorénavant dans l'infini de la conscience de soi. Il n'est plus tant la « mesure de toutes choses » que la démesure de soi. Or, pour Ledure, lorsque la conscience « ne fonctionne que sur le mode de la seule subjectivité, elle s'enferme dans un espace utopique » (p. 147). Ce faisant, méprise suprême de soi ou tragique étourdissement, l'infini subjectif se heurte à l'autre infini, celui-là découvert dans l'être mortel de l'homme. Ainsi, pour l'A. « la mort n'explique rien, mais rien ne s'explique en dehors de la mort et son exigence de signifiance. C'est cette expérience qui conduit à une transcendance divine, une transcendance qui réconcilie l'anthropologie avec son interrogation radicale » (p.150-151).
Dans la seconde section, nous retrouvons une contribution d'Yves Labbé intitulée « Le Sacré de l'Alliance. Catégories du religieux ». Cet intéressant débat place en fin d'analyse deux perspectives d'une importance cruciale pour la compréhension du phénomène religieux, celle de Martin Heidegger et celle d'Emmanuel Lévinas. Il n'y a rien de répété comme la gémellité belliqueuse entre le sacré et le saint, une scission séculaire entre Jérusalem et Athènes, l'être et l'Autre, rejouée dans la modernité par les subtils gardiens de ces traditions respectives. L'A. indique que, pour éviter la « récession de la religion dans ses formes archaïques et païennes », il faut choisir entre l'effroi du sacré et la sainteté de la loi, jusqu'à préférer l'athéisme pratique à l'expérience mystique » (p. 231). La spécificité du christianisme se révélerait-elle précisément à l'intersection du sacré et de la loi, tenant justement à ce chiasme, mais courant, de ce fait, toujours le risque par l'Incarnation de « sceller sa complicité avec le sacré » (p. 231)?
Dans la dernière section, Francis Jacques, dans un article intitulé « La condition de textualité. Le texte religieux comme livre », interroge le statut particulier du texte religieux par rapport à l'écriture philosophique. Manière de se demander ce qui reste de l'expérience religieuse lorsque celle-ci donne naissance à un texte. Le texte n'est-il que le supplément, la glose, ou comme le note l'A. « on pourrait même se faire l'avocat du diable et demander avec perfidie ce qui reste de religieux quand, devenu texte, il s'y réduit » (p. 383) ? C'est que le texte religieux s'écrit dans l'entre-deux d'une « Parole révélante qui l'inspire » et d'une « parole conséquente, confessante, qui l'assume et le proclame » (p. 383). Difficile partage donc entre une Parole révélée et une lecture d'homme, perpétuelle navette entre la référence et sa réception, entre une Parole de feu étalée dans l'histoire et une écriture de cendre commise à sa réception. La césure entre les livres, l'écart de langage entre ses paroles, a fait les délices du poète juif Edmond Jabès, aspect sur lequel l' A. passe précipitamment (p. 422). Toutefois, c'est bien l'asymétrie, l'altérité d'une parole bouleversante, qui affleure dans la communication entre l'être humain et Dieu. Le jeu de l'appel et de l'inter-locution tient ici en haleine le moment prophétique de la communication entre Dieu et l'homme au moment même où se brise toute réciprocité. C'est étonnamment à partir d'une déchirure de la ressemblance que la Parole se donne à entendre. Ainsi, pour l'A. « la proximité de l'homme et du divin n'est plus de l'ordre d'une ressemblance d'une image ou d'une participation. Elle tient au rapport entre une compétence communicative et son principe » (p. 405). L'A. aurait peut-être aussi sûrement tiré profit des réflexions de Maurice Blanchot dans le Livre à venir sur la parole prophétique ; mais on se demande au terme de ses réflexions si la juste interprétation (toujours à venir ou sur le point d'ad-venir) des textes n'est pas la terre promise, l'eschatologie véritable, le lieu à partir duquel tout lecteur doit s'arracher pour accéder au sens, en répondre.
Enfin l'ouvrage tient à une unité complexe, à une tension érudite comme autant de facettes, de moments décisifs de la pensée religieuse occidentale.


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