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BIBLE DE TOUS LES TEMPS N°3- SAINT AUGUSTIN ET LA BIBLE

BIBLE DE TOUS LES TEMPS N°3- SAINT AUGUSTIN ET LA BIBLE

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Date d'ajout : mardi 10 octobre 2017

par Pierre JAY

REVUE D'ÉTUDES JUIVES, CXLVIII, 1989

Opportunément paru l'année du seizième centenaire de la conversion d'Augustin, ce troisième tome de la BTT se signale d'abord par une triple originalité : il est en effet entièrement consacré à un seul auteur qui, déjà présent ici et là dans le volume précédent sur « le monde latin antique et la Bible », bénéficie donc d'un traitement privilégié. La parole y est, d'autre part, très largement donnée à Augustin lui-même, de l'ample prière (Conf. XI, 2) qui ouvre le volume au florilège de « maîtres mots » qui le clôt, en passant par la traduction intégrale (voire « l'édition », dans le cas du Sermon 204, par le P. Verbraken) de trois textes de plusieurs pages, sans préjudice de bien d'autres citations importantes. Enfin A.-M. La B., le maître d'œuvre particulièrement qualifié de l'ouvrage, en est en même temps le principal artisan puisque sa contribution personnelle y égale en volume celle des douze autres intervenants.
Le livre s'organise en neuf étapes que soulignent autant de représentations figurées d'Augustin. Après une introduction qui justifie les choix et présente la démarche suivie, A.-M. La B. analyse excellemment, à partir des Confessions, le « laborieux cheminement » par lequel, de la déception première, renforcée par les objections qu'opposaient aux Écritures juives et chrétiennes ses maîtres manichéens, jusqu'aux perspectives ouvertes par la prédication d'Ambroise puis la lecture de Paul, s'est opérée « l'initiation biblique d'Augustin ».
Une ample section « Bible et Liturgie » présente ensuite « le ministre de la parole de Dieu » à travers différents exemples : sermons pour l'Épiphanie, catéchèse eucharistique (M. Albaric), choix de péricopes plusieurs fois commentées par l'évêque (Psaume 18, 6 étudié par J. Wolinski, la Chananéenne, la tempête apaisée). Les « lecteurs » des textes liturgiques dans l'assemblée ecclésiale font aussi l'objet d'une étude (E. Paoli-Lafaye). Dans la section suivante, « Bible et Prière », particulièrement suggestive est la contribution de Suzanne Poque sur les Psaumes dans les Confessions, véritable « nappe souterraine qui ne cesse d'irriguer la prière d'Augustin » (p. 159) en même temps que s'y nourrit son style.
On passe au registre de l'exégèse avec « Le courrier biblique d'Augustin », qu'illustrent deux dossiers (A.-M. La B. et J.-P. Bouhot), avant d'aborder la section « Intelligence des Écritures et Prédication », dont Madeleine Moreau souligne, à travers une analyse attentive du De Doctrina christiana, le rapport étroit dans la perspective d'Augustin. Deux études : sur le Canon des Écritures, et sur Augustin et la « Vulgate » de Jérôme, répondent moins directement au titre de cette section que complète, en contre-point doublement inattendu mais bien en situation, le commentaire purement stylistique qu'on lit dans le De Doctrina christiana d'un passage d'Amos cité dans la version de Jérôme. Sous la rubrique « Bible et Polémiques », un bilan assez ramassé situe l'importance du « ministère de la controverse » pour l'élucidation des difficultés de l'Écriture, comme la place de celle-ci dans l'élaboration théologique.
Des deux dernières sections : « La Bible dans la Cité de Dieu » et « La Bible 'miroir' de l'éthique chrétienne », la première, sur laquelle se greffe une étude sur Augustin et Tyconius à propos de l'Apocalypse (M. Dulaey), montre l'Écriture comme source de la théologie de l'histoire; la seconde prolonge une analyse du Speculum par un regard sur Marthe et Marie, toutes deux figures de l'Église autant que de la vie chrétienne, et sur le Christ source de l'humilité chrétienne (A. Verwilghen).
A.-M. La B. a raison d'observer en conclusion que « prendre Augustin sur le vif révèle mieux que toute analyse son don d'actualisation de l'Écriture » (p. 441). C'était aussi la bonne manière de lui élever, à travers ce livre, un véritable « monument ». Mais, précisément, plutôt que tel chapitre plus ordonné à Augustin lui-même qu'à la Bible, n'eût-il pas mieux valu offrir au lecteur de la BTT l'esquisse d'une synthèse sur sa (ses) méthode(s) exégétique(s) et sur sa conception de l'interprétation des Écritures?
Revenons brièvement sur quelques points qui touchent particulièrement Israël.
Du chapitre sur le canon des Écritures, il ressort qu'Augustin ne paraît guère s'être préoccupé de la structure de la Bible hébraïque qu'il a sans doute longtemps ignorée. Plus significative est son attitude envers la traduction par Jérôme de cette Bible hébraïque, qui a d'abord vu les deux hommes s'affronter. La prise en compte du travail de Jérôme que manifeste l'utilisation occasionnelle qu'il en fait sur le tard ne met nullement en cause l'autorité qu'Augustin reconnaît aux Septante comme texte de référence. La page de la Cité de Dieu (XVIII, 44) sur la prophétie de Jonas est à cet égard remarquable. Tout en se ralliant aux « quarante jours » que donne l'hébreu, il n'en maintient pas moins que les Septante, « prophètes autant que traducteurs », quand ils paraissent, comme ici, s'éloigner de l'hebraica ueritas, s'accordent en réalité avec elle « si on les comprend bien ». Aussi peut-on « recourir à l'une et l'autre autorités, car l'une et l'autre sont divines et n'en font qu'une » (p. 309). On reste loin de la position de Jérôme.
Deux études mettent d'autre part en lumière la pensée d'Augustin sur la place du peuple juif dans l'histoire du salut. L'épisode de la Chananéenne (ch. 6) l'amène plus d'une fois à souligner, en écho à l'Épître aux Romains, que la présence corporelle du Christ a été réservée aux seules « brebis d'Israël » : par là s'est manifestée la fidélité de Dieu à ses promesses. Quant aux nations, c'est par sa miséricorde qu'elles ont reçu l'annonce de l'Évangile. Encore fallait-il que fût d'abord, « non pas condamné mais vanné du haut de la Croix » le peuple d'Israël, pour qu'en sortît la semence des Apôtres et des premiers disciples. Ainsi la Cité de Dieu, « qui enfanta le Christ selon la chair quand seuls les Israélites la constituaient », réunit désormais en un seul peuple ceux des Juifs qui ont cru et les fidèles issus de la gentilité.
La fête de l'Épiphanie offre aux yeux d'Augustin l'illustration symbolique de cette double origine de l'Église (ch. 3) : bergers de Judée et mages venus des nations « ont été les prémices des deux peuples » qui, comme deux murs venant de directions différentes, ont réalisé, en se rencontrant dans la pierre d'angle qu'est le Christ, « comme une sorte de baiser de paix ». Certes tout Israël n'est pas entré dans ce « mur israélite », et l'on ne peut y compter la masse des Juifs répandus de par le monde « pour rendre témoignage aux textes divins qu'ils portent en tous lieux sans les comprendre ». Mais, si irritante que puisse être cette formule, aujourd'hui comme hier, pour les fidèles du judaïsme, du moins suggère-t-elle qu'aux yeux d'Augustin le peuple juif reste porteur d'une vocation particulière. Comme le souligne ailleurs le P. Verheijen (ch. 9) à propos de la lecture des Psaumes, le divorce entre Augustin et les Juifs est de nature clairement théologique ; il serait injuste de lui faire porter sans nuance la responsabilité d'un antisémitisme auquel on sent les auteurs de l'ouvrage à juste titre très sensibilisés.
Pierre indispensable à l'édifice de la BTT, ce beau volume constitue en même temps une excellente introduction à l'univers spirituel d'Augustin.
Quelques erreurs matérielles ont échappé à l'acribie des éditeurs. En voici quelques-unes qui sont susceptibles de gêner le lecteur : p. 53,1. 5, lire : Jacob et non Job ; p. 55, 1. 4 lire : des Actes des Apôtres ; p. 63 rétablir tundentium dans la parenthèse qui précède l'appel de note 24 ; p. 81, 1. 35 lire : pasteurs et mages; p. 160, 1. 9, référence erronée; p. 305, n. 1l, lire t. XXVIII ; p. 308, 1. 10, lire : (amen; dix lignes plus bas une virgule manque après « proclame la vérité » ; p. 376 dans le titre lire LIVRE 20 ; p. 444, c'est au CSEL, t. 88, non au CCSL qu'est parue l'editio princeps des nouvelles lettres.


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