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MARIE, LE CULTE DE LA VIERGE DANS LA SOCIETE MEDIEVALE

MARIE, LE CULTE DE LA VIERGE DANS LA SOCIETE MEDIEVALE

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Date d'ajout : vendredi 22 janvier 2016

par Philippe de BEAUVILL

REVUE : FRANCE CATHOLIQUE, mai 1997

Le Culte de Marie. Vierges pèlerines, apparitions, ferveur liturgique renouvelée… A l'heure où Marie reprend sa place caractéristique dans l'Église catholique, une équipe internationale d'historiens éclaire la genèse du culte de la Vierge Marie.
Georges Duby nous avait passionné avec sa série Les Dames du XII' siècle. Voici des études non moins passionnantes tirées de son séminaire sur l'histoire des femmes (Collège de France 1990-1992). Sous le titre Marie, ce sont, en fait, des fruits inattendus de cette recherche pluridisciplinaire qui aura "servi de façon beaucoup plus substantielle l'histoire de l'art, de la liturgie, de la théologie, voire celle de la souveraineté que, à proprement parler, l'histoire des femmes". Les curieux d'iconographie, liturgie, théologie, architecture ou simplement d'histoire des dévotions catholiques, seront enchantés du présent volume. Les croyants aussi.
Plus de six cents pages, une excellente présentation, une écriture simple - sans aucun abus de textes originaux - et surtout des découvertes, captivantes jusqu'au bout. En une quinzaine de mémoires d'environ 30 pages chacun (sauf l'étude de Daniel Russo sur les représentations mariales dans l'art, qui couvre à elle seule 200 pages), nous parcourons les siècles, notamment les IXe XIe siècles, qui ont élevé Marie, vierge et mère de Dieu, au rang d'un système de valeurs, religieuses et séculières.
L'évolution historique du retournement de la figure mariale comme figure individualisée et emblématique court du IIe au XVe siècle. Alors que chez les Pères de l'Église, la question mariale était abordée dans une stricte dépendance des problèmes christologiques, la mariologie des théologiens carolingiens est centrée sur la sainteté de la personne de Marie, pont entre l'Ici-bas et l'Au-delà, médiatrice et purificatrice. Tantôt mère de Dieu et intercesseur auprès de lui, tantôt Ecclesia Christi, le plus souvent les deux à la fois, Marie acquiert tout son rayonnement dans l'œuvre de chrétienté entreprise par les grégoriens entre 1050 et 1330, popularisée grâce à Cluny. L'iconographie mariale entre alors en composition avec celle du Christ, à la fin du XIe siècle, devient son égale, enfin lui est préférée, du XIIIe au XVe siècle.
Que ce soit par la vie liturgique, les représentations iconographiques ou architecturales, ou encore les dévotions (veillées, processions, pèlerinages… ), c'est toute une société qui reçoit et impose ses modèles, qui obtient la caution de ses valeurs sociales, morales et religieuses et les applique jusqu'à mettre au pas les "groupes à risque".
Marie, fille-mère-épouse, à la charnière de l'humain et du spirituel, figure l'Ecclesia, modèle de la parenté idéale. Par le jeu de mots Virgo Virga, et bien plus, à travers l'Arbre de Jessé qu'on illustre à la fin XIe, Marie sert l'enseignement catholique sur la vraie parenté, fondée sur la caritas et non sur la chair, consanguinité et alliance. Cet arbre ascendant, qui inverse la parenté charnelle, subordonne le sang à l'esprit et fait de la parenté spirituelle l'aboutissement légitime et nécessaire de celle-ci.
Ainsi, d'une part modèle de la parenté lignagère, Marie dicte la vertu aux reines, par ce lien privilégié entre la reine et la vierge féconde. Mais sa Royauté généalogique va bien au-delà du cercle des souverains : elle est la mère commune des fidèles qui sont tous frères.
D'une autre part. la figure de Marie permet d'exclure les groupes indésirés (païens. juifs. Hérétiques, sarrasins). La tendance antisémite de la littérature mariale, s'accentuant en devenant populaire aux XIe et XIIe siècle aboutit, par exemple, à une légitimation des destructions de synagogues en Europe centrale.
S'agissant d'un séminaire sur la femme, nous ne sommes certes pas surpris que les auteurs rattachent l'histoire du culte marial à celle de la place de la femme dans la religion chrétienne (avec les figures d'Ève-Marie. puis de Marie-Marie-Madeleine). On regrettera justement qu’ils n'aillent pas en amont jusqu'à cerner l'archéologie de la vierge-mère ou de l'idéal de virginité qui se sont imposés dans les premiers siècles chrétiens. Regrettons également, au passage, la confusion d'Anita Guerreau-Jalabert, entre l'immaculée conception de Marie et la conception virginale de Jésus.
D'abord attesté en Orient, (on connaît au IVe siècle en Arabie, une fête annuelle célébrée uniquement par les femmes), le culte marial profite amplement du concile d'Éphèse en 411, qui définit Marie comme Mère de Dieu. A partir de là, ce culte est constant dans l'est du bassin méditerranéen, puis, au VIe siècle, devient occidental.
Attestée à Rome, dès ce même VIe siècle, la seule fête mariale célébrée jusqu'au VIIe siècle est le 1er janvier, pour l'octave de Noël. Marie n'était donc pas séparée de Jésus.
Entre la fin du VIIe et le IXe siècles, se met en place un bloc de quatre fêtes mariales, venu de Byzance, qui se substitue à l'unique fête du 1er janvier : Annonciation (25 mars), Assomption (Natale de Marie, 15 août), Nativité (8 septembre) et Purification (2 février). Ce bloc restera longtemps dominant, puisque, Immaculée Conception (8 décembre) et la Présentation (21 novembre) ne figureront définitivement au calendrier qu'en 1585. Dans la fête de la Purification, on voit bien le passage du christologique au mariologique : la Purification montre Marie dans sa relation à l'enfant, comme dans la fête du 1er janvier, mais, à partir du VIIIe et surtout au IXe siècle, la femme devient mère et se présente au Temple comme toutes les mères de son temps; la personne de Marie s'individualise.
Plus tard, les mutations sociales, politiques et idéologiques du IXe siècle ne sont pas sans impact sur l'essor de celle piété mariale. Impulsé par le règne de Charles le Chauve (840-877) - sur les conseils d'Hincmar, archevêque de Reims. et à travers les monastères qu’il possède -cet essor est d'abord un renouveau de la création des textes liturgiques. puis le développement et l'élaboration du déroulement des rites. Dans ce tournant du culte marial, - entre les années 850 et 1100, et qui concerne plus ou moins le paysage urbain de l'éveil économique, démographique et culturel de l'Europe -, on repère, dès le IXe siècle, une piété mariale plus sentimentale. Les premiers miracles, marqués par cette piété, apparaissent au Xe siècle, en même temps que naissent les premiers pélerinages mariaux. Ils se multiplient dans la seconde moitié du XIe, alors que les pèlerinages de la Vierge obscurcissent ceux de tous les autres saints de l'époque. A la fin du XIe siècle, les collections de miracles spécifiquement mariaux se constituent et leur réputation s'impose au XIIe siècle.
Le bouleversement du culte marial s'opère donc entre les Ve et XIe siècles. Les grands moments de cette évolution sont la fin du monde romain (Ve- IXe), la consolidation des royaumes européens (IXe-XIe) et la réforme grégorienne de l'Église (Xle-XIIe siècles). "Au terme de cette évolution qui voit l'émergence de la chrétienté et la mise en place des institutions ecclésiales -, et pour longtemps - jusqu'au début du XIVe siècle - la Vierge, devenue Notre Dame, est la référence majeure des dévotions personnelles et des identifications communautaires".


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