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SAINTE GENEVIÈVE DE PARIS. La vie, le culte, l'art

SAINTE GENEVIÈVE DE PARIS. La vie, le culte, l\'art

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Date d'ajout : mardi 21 mars 2017

par Claire VIGNES-DUMAS

REVUE : PRÉSENCE ORTHODOXE 56, 1983

Le 3 janvier, l'Église fête traditionnellement sainte Geneviève, patronne de Paris. Au cours des siècles, les habitants de la capitale comme d'Ile de France, n'ont cessé de vénérer leur protectrice. C'est afin d'en faire mieux connaître la vie et le culte dont elle a toujours été entourée, que la ville de Paris lui a consacré l'exposition que l'on pouvait voir dans le hall de l'Hôtel de Ville, du mois de décembre dernier à la fin de ce mois de février.
Les organisateurs de cette manifestation, Dom Jacques Dubois et Laure Beaumont-Maillet, ont réalisé à cette occasion un ouvrage d'un abord facile et d'une lecture agréable faisant le point sur les diverses recherches en cours concernant la grande sainte parisienne. Le même parti pris de clarté et de simplicité a présidé à l'élaboration de l'exposition. Elle est divisée en trois parties comme la publication qui l'accom· pagne. De grandes reproductions photographiques suivies de courtes notices évoquent successivement la vie de la sainte,le culte et l'évolution de sa représentation dans l'art.
Le récit de la vie de sainte Geneviève, rédigé dix-huit ans après sa mort, de l'aveu de l'auteur, c'est-à-dire vers 520, n'est connu que par des manuscrits des VIlle et IXe siècles. La datation de cette rédaction au début du VIe siècle semble désormais assurée. Ce texte fut célèbre pendant tout le Moyen Âge et les épisodes de la Vita inspirèrent surtout aux )(Ne et XVe siècles de nombreuses miniatures qui ont servi de support à la présentation de la vie de la sainte dans l'exposition.
II serait trop long d'évoquer ici de façon exhaustive les événements qui ont été retenus par le chroniqueur, reflétant déjà quelques années après la mort de sainte Geneviève la dévotion dont elle était l'objet. Rappelons seulement que contrairement à une idée reçue, Geneviève n'est pas issue d'un milieu populaire. Sa famille appartient à l'aristocratie gallo-romaine. Son père porte un nom latin, Severus, et sa mère un nom grec, Gerontia. Quant à Geneviève, en latin Genovefa, ce nom est d'origine celtique ou germanique, et il indique une origine noble.
La vie
La famille de Geneviève habite Nanterre.
En l'an 429, les évêques d'Auxerre et de Troyes, Germain et Loup, partis combattre l'hérésie de Pélage sévissant en Bretagne, voyagent par voie fluviale. Ils font escale à Nanterre. Germain remarque la petite fille d'environ sept ans, belle, intelligente et décidée. II lui propose, si tel est réellement son désir, de la consacrer au Christ. Ramassant à terre une monnaie marquée d'une croix, il la lui remet lui demandant de la porter à son cou en souvenir de lui. Après la mort de ses parents, Geneviève s'en vient demeurer à Paris, où l'évêque Germain la visite de nouveau vers 445. La vie de prière qu'elle y mène est loin de lui attirer la sympathie des Parisiens qui la considèrent comme une fausse prophétesse. Le saint évêque d'Auxerre la sauve du martyre au moment même où la menace des envahisseurs hunniques parvient jusqu'à Paris en l'an 451. Geneviève réunit alors dans le baptistère de l'ile de la Cité quelques femmes qui poursuivent avec elle jeûne et prière, et malgré l'incrédulité et l'hostilité de ses compatriotes, les persuade de ne pas fuir. Une fois le danger écarté, Geneviève est considérée à l'égal de l'évêque Aignan d'Orléans qui a, par son zèle, emporté le siège de la ville contre Attila. Tous deux jouissent alors de la même popularité que saint Martin.
Ainsi, quand les Parisiens se sentent menacés de famine, c'est à Geneviève qu'ils demandent d'accompagner les navires destinés à rapporter les grains nécessaires à leur nourriture, afin qu'il n'arrive aucun mal au précieux convoi.
Les guérisons opérées par Geneviève sont très nombreuses. Elle délivre les possédés, les prisonniers injustement condamnés. Les éléments même lui obéissent : en pleine moisson, elle prie afin de détourner un ouragan et est exaucée.
Sa prière est nourrie par le culte des saints qui l'ont précédée. C'est ainsi qu'elle se rend très fréquemment sur le tombeau de saint Denis, en dehors de la ville. Un jour, elle y rencontre deux prêtres et leur dit : « Saints Pères vénérables dans le Christ, mes seigneurs, il faut construire une basilique en l'honneur de saint Denis car c'est un lieu saint, personne n'en doute. » Leur réponse fut qu'il n'y avait ni pierre ni chaux. Elle leur demande d'aller se promener sur le pont. Ils y rencontrent deux porchers qui se racontent l'un à l'autre leur découverte de fours à chaux. Ainsi Geneviève peut mettre son projet à exécution. Au cours d'une de ses marches vers la basilique Saint-Denis, avec plusieurs de ses compagnes, le vent éteint tous les cierges. Geneviève, en prenant l'un d'eux dans sa main, le rallume. Le rayonnement de Geneviève est tel que saint Siméon le Stylite, de sa lointaine Syrie, lui fait envoyer son salut par des marchands.
Quand Geneviève mourut, vers l'an 500, le 3 janvier, « après avoir vécu plus de dix fois huit ans », son corps fut inhumé sur la montagne qui porte maintenant son nom. Clovis, couronné roi en 482, y faisait alors construire la basilique des Saints-Apôtres, dont il désirait faire la nécropole de sa dynastie. Geneviève avait joué un rôle sans doute aussi important que celui de sa femme Clotilde dans la conversion du roi des Francs. C'est donc dans cette basilique ou dans une chapelle annexe que celui-ci fit placer le corps de la sainte protectrice de Paris.
Le culte
Les miracles se multiplièrent sur le tombeau de sainte Geneviève. Dès la fin du VIe siècle, elle est citée parmi les plus grands saints parisiens dans le martyrologe, avec saint Denis, saint Germain de Paris et saint Cloud.
Un office fut composé en son honneur dont le Lectionnaire de Luxeuil de la seconde moitié du VIle siècle contient les plus anciennes pièces. Si l'on en croit saint Ouen, saint Eloi, l'illustre conseiller du roi Dagobert, qui était aussi un habile orfèvre, aurait, vers l'an 630, réalisé une châsse pour abriter les reliques de sainte Geneviève. Déplacée à deux reprises afin d'échapper aux invasions normandes du milieu du IXe siècle, les miracles ponctuèrent les étapes de ses voyages le long de la Marne et de l'Ourcq.
Lors du siège de Paris par les Normands en 885, sa châsse fut portée dans la ville, avec celles de saint Marcel, saint Germain et saint Cloud. C'est là l'origine de la grande procession qui se perpétua jusqu'à la Révolution.
Cette procession, qui fut au cours des siècles codifiée par un cérémonial précis, allait de l'abbaye Sainte-Geneviève, où la châsse était conservée en permanence, à Notre-Dame, empruntant la rue Saint-Jacques, le Petit-Pont, la rue Neuve-Notre-Dame, regagnant l'abbaye par la rue Galande, la place Maubert et la rue de la Montagne-Sain te-Geneviève.
L'abbaye Sainte-Geneviève avait été construite par Clovis et Clotilde près la basilique des Saints-Apôtres pour honorer dignement la mémoire de la sainte. Reconstruite à la fin du XIIe siècle, l'église se trouvait sur l'emplacement de la rue Clovis entre Saint-Etienne-du-Mont et les bâtiments du lycée Henri IV. Ceux-ci sont les anciens bâtiments monastiques reconstruits au XVIIe siècle. Quant à l'église Saint-Etienne-du-Mont, elle fut destinée dès sa construction en 1225 à servir au culte paroissial. Appuyée au chevet de Sainte-Geneviève, on devait traverser celle-ci pour y pénétrer. C'est là que l'on continue à vénérer de nos jours le sarcophage de la sainte. L'histoire mouvementée de la construction d'une nouvelle église Sainte-Geneviève au XVIIIe siècle, devenue le Panthéon, n'a pas abouti à sa consécration à la sainte patronne de Paris, comme avaient souhaité les derniers souverains de l'Ancien Régime et Napoléon qui fit démolir l'ancienne abbatiale en 1807. D'autre part, la châsse du XIIIe siècle avait été fondue à la Révolution, et les reliques brûlées en place de Grève.
Sainte Geneviève n'est pas vénérée seulement à Paris. À Nanterre, l'église Saint-Maurice avait été construite sur l'emplacement du sanctuaire où sainte Geneviève venait prier, ce qui est attesté par la présence de nombreux sarcophages mérovingiens. Une chapelle avait également été construite sur le puits où des miracles se firent en son nom. En Allemagne, dans les anciennes provinces d'occupation romaine correspondant aux villes de Mayence, Trèves, Cologne, son culte fut également très important.
L'art
Sainte Geneviève fut jusqu'au XVe siècle représentée tenant un cierge à la main gauche, un livre dans la main droite, et terrassant le Malin. Souvent un ange sur l'épaule droite s'oppose à un diablotin sur l'épaule gauche, rappelant le combat incessant qu'elle dut mener toute sa vie contre le Malin. La représentation la plus ancienne est la sculpture qui ornait le trumeau au portail de l'ancienne abbaye Sainte-Geneviève; elle n'est cependant pas antérieure aux années 1220. Le cierge rappelant le miracle du chemin vers Saint-Denis est aussi le signe de sa foi vigilante et ardente, tandis que le livre symbole de son savoir et de sa sagesse est aussi celui de la parole divine. Sa poitrine est ornée de la croix que saint Germain d'Auxerre lui avait recommandée comme seule parure. Sa tête est voilée, la robe est retenue à la taille par un cordon, ses épaules sont couvertes d'un long manteau qui, dans les miniatures des XIVe et XVe siècles, est le plus souvent peint en rouge vif, tandis que la robe est bleue.
Quelques rares représentations assimilent la sainte à l'une des vierges sages de la parabole. Elle porte alors une lampe à huile.
Au XVe siècle, l'ange placé à la droite de Geneviève tend à disparaître. La sainte est seule pour contrecarrer un démon que l'anecdote a désormais muni d'un soufflet pour mieux éteindre son cierge.
Le XVIe siècle va transformer sainte Geneviève en une bergère munie d'une houlette et entourée de moutons qu'elle n'a jamais gardés. Cette transformation subite de l'iconographie a de quoi surprendre et deviendra la règle pendant toute l'époque classique. Il s'agit vraisemblablement d'une assimilation de Geneviève à Jeanne d'Arc. En effet, une vie de sainte Geneviève, rédigée vers 1450 par un moine de l'abbaye génovéfaine, présente en fait la personnalité de Jeanne d'Arc derrière celle de sainte Geneviève - Sans doute faut-il voir dans cette contamination l'origine de la transformation de l'iconographie.
Vers 1700, Le Brun représenta sainte Geneviève priant le cierge à la main, agenouillée sur les remparts de la Cité ; à ses pieds gisent les clés de Paris et sa houlette de bergère.
Le XIXe siècle préféra les grandes compositions théâtrales, exploitant politiquement la gloire de sainte Geneviève qui, de protectrice de Paris, devient celle de la France. Ainsi, dans une toile du Musée de Compiègne commandée par Napoléon III, la bergère assise tenant sa houlette comme un sceptre est entourée des reines Hortense et Joséphine.
Cependant le XIXe siècle finissant et le XXe siècle ont consacré sainte Geneviève comme patronne de Paris. Dans la très belle peinture de Puvis de Chavanne pour le Panthéon, sainte Geneviève, déjà âgée, veille sur Paris endormi. Au pont de la Tournelle, la sculpture de Landowski domine Paris du haut d'un colossal pylÇ'me.
A toutes ces représentations, il faut aussi adjoindre d'autres images issues de la création et de la ferveur contemporaines qui, pour être plus modestes, n'en sont pas moins l'expression de l'expérience intime de la puissance de cette sainte qui offre sa protection non seulement à sa ville mais à tous ceux qui la vénèrent.


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