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MICHEL HENRY, PASSION ET MAGNIFICENCE DE LA VIE

MICHEL HENRY, PASSION ET MAGNIFICENCE DE LA VIE

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Date d'ajout : samedi 12 septembre 2015

par Rolf KHN

REVUE : REVUE DE PHILOSOPHIE DE LOUVAIN, mars 2004

Dans cet ouvrage l'A. présente le résultat des travaux qu'elle a dédiés au fil des ans à la pensée de Michel Henry. Son œuvre d'interprète débute en 1980 avec une monographie consacrée à l'un des philosophes les plus importants de notre temps et intitulée Michel Henry. Un philosophe de la vie et de la praxis. Elle se poursuit avec un essai de philosophie esthétique : L'art et la sensibilité. De Kant à Michel Henry (Paris, Vrin, 1996). Fortifiée par les essais antérieurs, l'étude qui paraît maintenant témoigne d'une connaissance souveraine de l'œuvre de Michel Henry, qu'enrichit encore la prise en compte des derniers écrits du philosophe. Ce dernier commentaire peut être considéré comme la meilleure introduction d'ensemble jusqu'ici, dans le contexte francophone, du rapport de la phénoménologie et du christianisme.
Le mérite de l'ouvrage, que reflètent les trois parties, respectivement sur la compréhension d'une philosophie de l'immanence, sur la signification socio-philosophique de la pensée marxienne et, enfin, sur le rapport de Dieu et de la Vie dans le christianisme, consiste dans le fait de reproduire clairement le contexte phénoménologique en question dans un discours intelligible. Le lecteur peu familiarisé avec l'œuvre de Michel Henry trouvera ici un guide précieux pour l'éclairer et lui éviter de s'égarer dans le dédale des difficultés méthodologiques que pose l'instauration d'une phénoménologie matérielle radicale. L'A. démontre comment le philosophe, depuis L'essence de la manifestation (1963) jusqu'à Paroles du Christ (2003) à travers C'est Moi la Vérité (1996) et Incarnation (2001) demeure fidèle à ses intuitions premières et les conduit jusqu'à leurs conséquences ultimes.
Si dans cette recension nous nous limitons à cet aspect progressif et systématique du livre de Dufour-Kowalska, ce dernier se laissera résumer dans la thèse d'un réalisme ontologique radical de la pensée henryenne (p. 18). Ce réalisme vise le donné phénoménologique originaire et signifie que la relation intentionnelle seule pensable est fondée sur une structure plus profonde et demeure hétérogène à l'essence intérieure de son apparaître. Elle implique cependant, en ce qui concerne sa fondation, une vaste onto-phénoménologie de l'Affectivité absolue, dans laquelle tout être trouve son unité principielle dans la Vie. Par là, l'essence de la subjectivité n'est pas divisée, mais elle conserve au contraire, à travers l'autoréférence de son ipséité à la Vie absolue, son unité et celle, également, de ses rapports transcendants à autrui et à toute chose dans le monde. L'analyse du corps subjectif revêt du même coup, en relation avec l'analyse que donne Michel Henry de la pensée de Maine de Biran qui inspire sa philosophie du « corps subjectif » (cf. Philosophie et phénoménologie du corps, 1965), une importance singulière car, dans l'identité de l'ego et de la corporéité transcendantale conçue comme un « Je peux » originaire, se relient le monde en tant que continuum résistant et un pouvoir corporel unifiant, lequel, ultimement, s'enracine dans la Facticité originaire de la chair du Christ incarné.
Cette cohérence paradoxale de l'hétérogénéité et de l'unité phénoménologiques de l'apparaître se retrouve dans la discussion des concepts de dialectique et d'idéologie repensés par Michel Henry dans sa lecture novatrice de l'ensemble de l'œuvre de Karl Marx. Car, si Marx dévoile la signification du concept hégelien d'idéologie comme pure force de représentation au sens d'une histoire de la conscience, laquelle ne fait pas sa place au « travail subjectif » de l'individu, seul vivant, de façon analogue la dialectique de l'histoire renvoie en ultime ressort à cette dialectique vivante qui n'est rien d'autre que la structure de l'historialité interne de la vie, soit le passage continu l'un dans l'autre, de la souffrance et de la joie qui fait le fond de la subjectivité et de son affectivité essentielle. C'est cette dialectique vivante qui détermine chaque acte de production et de consommation dans son originalité, antérieurement aux abstractions de l'économie. A l'intérieur de ce cadre l'A. examine aussi l'analyse henryenne du concept de culture, tel qu'il est développé dans La barbarie (1987) et dans Du communisme au capitalisme (1990), ouvrages qui mettent au jour les effets pervers d'une science modelée uniquement sur la connaissance objective du monde. Celle-ci et la destruction qu'elle entraîne des modalités immédiates de la vie réelle, est reconduite à son fondement premier, qui n'est autre que la « décision » méthodologique prise par Galilée le jour où il résolut de rejeter hors du champ du savoir les qualités sensibles qui appartiennent à la réalité (p. 143 ss).
Si, en conséquence et pour reprendre les termes d'Henry, « seul un Dieu vivant peut encore nous sauver », cette proposition ne représente pas aux yeux de l'A. une pure et simple affirmation de foi postulée par la phénoménologie radicale, mais elle tient à un accord principiel du réalisme ontologique, mentionné d'emblée, avec sa concrétisation phénoménologique. Il ne s'agit plus simplement d'un logos abstrait ou objectif, tel qu'il a dominé jusqu'aujourd'hui la pensée occidentale, aussi bien que sa praxis, mais du lien de la connaissance à cette « renaissance » (au sens johannique du terme) permanente et de chaque instant qui détermine en même temps toute éthique (p. 177 ss).
Les développements ultérieurs concernant le rapport de Michel Henry avec Maître Eckhart et sa lecture des Traités et sermons (p. 197 ss) permettent de souligner qu'il ne s'agit plus seulement ici d'une mystique négative universelle, mais d'une véritable « phénoménologie de la religion » (peut-être la première dans l'histoire) qui prend au sérieux ce que veulent dire Vérité et Révélation. Selon une pensée de cet ordre chaque accomplissement est absolu et singulier en soi, ce qui veut dire que les formes sémantiques verbales n'ont d'autre référence dans ce contexte que la Vie en son jaillissement originaire : « Le sens et la grandeur de l'entreprise henryenne consistent dans le fait de fondre en un tout christologie et philosophie de la manifestation, ou encore [ … ] dans le fait d'avoir su identifier dans la révélation constitutive du Verbe fait chair l'Archi-révélation, la Vie, la parousie de l'Absolu » (p. 255).
L'apparente pauvreté, par rapport au contenu dogmatique, de la compréhension henryenne de Dieu et du Logos, qui tend en fait à fonder sur Dieu même l'advenir originel de la chair en lui, est cela qui justifie une telle approche phénoménologique et qui est, en vérité, une plénitude de réalité, cette puissance de révélation au cœur de tout vivant qui seule peut fonder tout espoir véritable ouvert sur le futur. Même si le lecteur ne fera pas toujours de cette interprétation sa plus intime conviction, l'A. n'en a pas moins réussi, à travers une lecture sans préjugés, à faire la preuve de l'impressionnante rigueur de cette présentation de la vision henryenne.


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