Editions BEAUCHESNE

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LIVRE DE VIE DES RECLUSES

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Date d'ajout : vendredi 08 janvier 2016

par Samuel PRUVOT

REVUE : FRANCE CATHOLIQUE, septembre 2003

• Nathalie Nabert, quelle est l'actualité des chartreux ?
Lors du neuvième centenaire de la mort de saint Bruno, en 2001, beaucoup d'acteurs se sont impliqués dans les célébrations, non seulement la région de Grenoble mais aussi la Serra San Bruno, en Calabre, son dernier ermitage. Le 6 octobre, en la fête du saint, les villageois ont solennisé cet anniversaire. Longue procession derrière l'évêque, petits enfants costumés en chartreux, dragées jetées contre le reliquaire, décoration du buste de saint Bruno, chapelle ardente, la fête populaire battait son plein. À Saint-Pierre de Chartreuse, en France, la dévotion populaire est plus discrète, mais elle n'en existe pas moins, toute intériorisée.
• D'où vient cet attrait constant pour un mode de vie aussi marginal ?
Les chartreux vivent un mode particulier d'approche du divin, une solitude, un effacement, un cœur à cœur avec Dieu. Cet appel intérieur touche aussi dans leur itinéraire spirituel des laïcs ou des prêtres du clergé séculier. C'est un enfouissement en soi pour être plus en Dieu. Le succès d'auteurs spirituels comme dom Jean-Baptiste Porion ou dom Augustin Guillerand est significatif. Il provient de leur nudité intérieure. Leur regard sur Dieu est clarifié, leur âme purifiée par la prière et le détachement. Ils sont, à proprement parler, les "athlètes invisibles" de Dieu.
• L'ordre cartusien semble jouir d'une certaine virginité…
L'Ordre des chartreux est une famille spirituelle contemplative dont la haute exigence l'a conduite hors du monde, dans la solitude, le mépris de la gloire et des richesses. Son itinéraire peut apparaître singulier et, à cause de cela, attirer.
Dans un monde qui juge l'homme à l'aune de ses performances professionnelles et qui ne cesse de solliciter ses appétits de toutes sortes au nom du bonheur, sans parvenir cependant à le combler, l'interrogation tournée vers l'absolu, vécu entre autres, par ces ermites dans le détachement et la pureté intérieure, le désir d'y retrouver un enseignement fécondant, peuvent apparaître comme l'un des moyens de lutter contre le vertige du vide qui caractérise les temps modernes.
• Saint Bruno ne répond-t-i1 pas à notre soif d'introspection ?
Notre époque aime fouiller les profondeurs du moi. Et la fracture culturelle qui traverse l'Occident, en le séparant de la tradition chrétienne qui l'a porté pendant deux millénaires, ne fait qu'accélérer ce processus de retour désespéré vers soi-même, comme une quête de l'identité perdue. L'oubli ou l'ignorance de la Parole consolante de Dieu, la désaffection pour le temps liturgique qui vient sanctifier le temps humain et lui donner un sens au-delà des événements quotidiens, le déracinement de la culture chrétienne avec ses exigences, ses références, ses modèles transcendantaux mais aussi ses erreurs remplies d'enseignements pour notre sagesse future, ne font que renvoyer l'homme à l'homme, le moi au moi. Ce dépérissement du regard porté sur le divin n'a rien à voir avec la démarche de saint Bruno et de ses héritiers spirituels pour lesquels l'introspection et la recherche de la paix intérieure ne sont que les étapes préparatoires à la vie en Dieu.
• En quoi la quête religieuse des solitaires de la chartreuse est-elle différente ?
Bien souvent la quête de soi croise la quête spirituelle et le désir de guérison du moi blessé par la vie vient se mêler au désir d'absolu. De là, dans un contexte déchristianisé, l'intérêt pour des systèmes philosophiques sans Dieu, empruntés aux civilisations plus anciennes que le christianisme, comme le Bouddhisme, qui valorisent l'idée du bonheur, l'harmonie intérieure et la recherche de la paix. Mais si l'élargissement du regard vers les sagesses universelles est un bien pour l'intelligence, une ouverture d'esprit, une rencontre cordiale avec d'autres civilisations, voire une comparaison des moyens utilisés pour trouver la paix intérieure, il ne répond cependant en rien à la quête du divin dans l'homme qui relève d'une tout autre démarche.
On pourrait faire la même remarque à propos de l'engouement effréné pour la psychologie et la psychanalyse qui se livrent à une analyse des profondeurs de l'être et qu'un phénomène de mode tend dangereusement à faire passer pou un authentique itinéraire spirituel. Ceux qui se laissent prendre au piège s'apercevront vite que la recherche de soi n'est pas la recherche de Dieu et que cet incessant retour sur les maladies de l'âme est le contraire de la vie spirituelle qui est avant tout déprise de l'amour de soi pour l'amour de Dieu et abandon à la divine providence.
• La psychologie est-elle néfaste ?
Un peu de psychologie aide à désencombrer l'âme mais il conviendrait de s'en tenir au réalisme simple et efficace des Pères du Désert qui nous invitaient à entrer dans "l'oubli de soi" pour faire un peu de place à Dieu. C'est quand on a cessé de se voir qu'on entre dans la vie intérieure. Antoine l'ermite écrivait à propos de la prière : "Il n'y a pas de prière parfaite si le religieux s'aperçoit lui-même qu'il prie." Par leur vie cachée en Dieu depuis 900 ans, les chartreux sont les témoins précieux de l'unité intérieure et de la rencontre de Dieu avec l'homme, aux antipodes des phénomènes de mode et de culture.
• Les chartreux sont-ils misanthropes ?
Ils gardent le silence et protègent leur vocation. Ils se laissent regarder mais ils ne cherchent pas le regard des autres. Leur démarche n'est pas celle de la misanthropie, mais de l'oubli du monde et de soi dans le cœur divin. La cellule rejette naturellement comme un corps étranger ceux qui se sont trompés de quête et d'intentions.
• Quels sont vos travaux en cours ?
La collection "spiritualité cartusienne" que j'ai fondée chez Beauchesne, propose des études d'ensemble sur des thèmes cartusiens et l'édition de textes-sources. Vient de paraître de Denys le chartreux, Le livre de vie des recluses, un second volume sur La vie solitaire devrait sortir suivi d'un Commentaire des psaumes des montées attribué à saint Bruno. Je dirige aussi, chez Letouzé et Ané, la rédaction d'un Dictionnaire de spiritualité cartusienne en collaboration avec des chercheurs internationaux.


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