Editions BEAUCHESNE

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TH n°099 ISIDORE DE PÉLUSE

TH n°099 ISIDORE DE PÉLUSE

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Date d'ajout : mercredi 19 août 2015

par Dominique CT

REVUE : LITTÉRATURE ET HISTOIRE DU CHRISTIANISME ANCIEN

Pierre Évieux est un spécialiste de l'Égypte chrétienne du Ve siècle et, à ce titre, coordonne actuellement l'édition des œuvres de Cyrille d'Alexandrie aux Sources Chrétiennes. Il a ainsi personnellement contribué à l'édition du Contre Julien et des Lettres festoies. Il s'occupe également du corpus attribué à Isidore de Péluse, dont il a fait paraître en 1996 le premier tome de sa correspondance (« Sources Chrétiennes », 422, cf. infra, éditions et traductions, p.594). C'est donc en expert qu'il nous présente ici une étude extrêmement fouillée sur cet Isidore, né probablement à Péluse vers 360, qui s'éteint quelque part entre 436 et 440 (p. 89). L'intérêt de cette étude réside dans le fait qu'elle s'occupe moins de l'Égypte alexandrine, celle de Cyrille - somme toute assez familière - que de l'Égypte provinciale, celle d'Isidore de Péluse. Ce que révèle l'analyse rigoureuse des 2.000 lettres d'Isidore, rédigées essentiellement entre 410 et 433 (p. 89), c'est une Égypte écrasée par la lourdeur de l'administration impériale, troublée par les nombreux scandales d'une Église de plus en plus riche, une Égypte qui cherche son salut dans la solitude et la paix des monastères. Pierre Évieux nous fait entrer dans la vie d'une cité du delta oriental, Péluse, métropole de l'Augustamnique 1re, l'une des huit provinces du diocèse d'Égypte au début du Ve siècle. L'onomastique du corpus (489 destinataires), la titulature qui y est employée, permettent à l'A. de reconstituer le réseau des relations qui composent le milieu politique, municipal, ecclésiastique et monastique de Péluse et de l'Augustamnique. Toutes ces relations, cette correspondance, entre, par exemple, un fonctionnaire, un prêtre, un diacre, un sophiste, un moine et un soldat, prennent corps, grâce à la description de l'A., et trouvent une cohérence qui passe par le personnage d'Isidore, l'âme de Péluse. Cette reconstitution de la vie à Péluse au Ve siècle, à travers la figure d'Isidore, correspond à la première partie de l'ouvrage, sobrement intitulée Le milieu. L'A. s'emploie à y définir les destinataires du corpus (préambule), le cadre géographique et historique (chapitre I), le milieu politique (chapitre II), le milieu municipal (chapitre III), le milieu ecclésiastique (chapitre IV) et le milieu monastique (chapitre V). Comme la correspondance d'Isidore s'inscrit dans sa période monastique, on peut dire que l'A. nous donne en fait une démonstration du rôle central que peut jouer un saint homme dans sa communauté. Le recul que procure la retraite au désert autorise, en effet, le saint homme à user de franchise dans ses rapports avec l'administration impériale et ecclésiastique. Isidore dénonce ainsi le corrector d'Augustamnique 1re, Gigantios, auprès de Rutin, préfet du prétoire (p. 52) ; il s'adresse directement à l'empereur Théodose II pour qu'il ne laisse pas ses subalternes intervenir au concile d'Éphèse en 431. Avec la même franchise, à l'occasion du même concile, Isidore n'hésite pas non plus à mettre en garde Cyrille, le célèbre évêque d'Alexandrie, contre la tentation des querelles personnelles. Il s'en prend, de même, à son propre évêque, Eusèbe de Péluse, qu'il accuse de nombreuses exactions, commises au vu et au su de tous. C'est encore, ici et là, des correspondants plus modestes, un soldat fanfaron et un prêtre complice d'Eusèbe, qui reçoivent d'autres réprimandes, aussi franches. Ailleurs, Isidore use plutôt de l'autorité que lui confèrent son érudition et sa sainteté pour prodiguer aux sophistes, aux moines, aux prêtres qui lui écrivent, des conseils, des encouragements et des explications.
Dans la deuxième partie du livre, beaucoup plus courte que la première et qui porte le titre Isidore de Péluse, l'A. reconstitue cette fois l'image d'Isidore de Péluse, à partir de témoignages externes et surtout, à partir du corpus isidorien lui-même. Il faut dire que Pierre Évieux défend de manière convaincante, tout au long de l'ouvrage (voir par exemple p. 307-308), l'authenticité des lettres et, par le fait même, l'existence - contestée par certains savants (p. 1-2) - d'Isidore. Les détails recueillis au fil des lettres, souvent confirmés par d'autres sources (p. 305), et qui permettent à l'A., dans la première partie, de décrire, par exemple, le milieu monastique, ecclésiastique et municipal de Péluse, rendent possible, dans la deuxième partie, la description du parcours personnel d'Isidore. On obtient ainsi une trajectoire qui va de la cité (Péluse ou Alexandrie) au désert, de la société à la solitude, des lettres grecques (Homère, Platon, Démosthène) à l'Écriture. En effet, après avoir suivi « le cycle complet de la paideia grecque » (p. 309), d'abord à Péluse, puis à Alexandrie, pour les études supérieures, il semble qu'Isidore ait exercé la fonction de sophiste à Péluse. Plusieurs lettres s'adressent à des sophistes, des grammairiens (p. 138), des scholasticoi (p. 133) et abordent des questions de style et de rhétorique. Au bout d'un certain temps, déçu par la futilité des auteurs profanes, le sophiste Isidore aurait fait un premier séjour au désert, fort probablement au désert de Nitrie (p. 311), pour y étudier l'Écriture. De retour à Péluse, Isidore entreprend une carrière ecclésiastique, en qualité de prêtre et de didascale, sous l'épiscopat d'Ammonios (p. 312-313). Puis, déçu à nouveau, mais, cette fois, par l'orientation donnée à l'Église de Péluse par Eusèbe, le nouvel évêque, dont l'incompétence et la malhonnêteté font l'objet de nombreuses accusations dans la correspondance (p. 210), Isidore s'enfuit au désert pour se consacrer à l'ascèse et à l'Écriture (p. 314). Il restera au désert jusqu'à sa mort, dans une retraite qui n'aura rien d'absolu, puisque c'est là qu'il rédigera l'essentiel de la correspondance qui nous est parvenue. Il semble qu'aux yeux des fidèles compagnons d'Isidore, qui ont composé le recueil de ses lettres, la vie du moine le plus illustre de Péluse ait constitué un modèle de synthèse entre paideia et christianisme (p. 327-329).
Dans ses lettres, le Pélusiote, il est vrai, met ses compétences de sophiste au service d'une exégèse toute en finesse et indique à ses correspondants les limites à respecter et les problèmes à considérer lorsqu'il s'agit d'aborder les lettres grecques. La réussite de cette synthèse se voit aussi au type de monachisme adopté par Isidore de Péluse : un semi-anachorétisme inspiré fortement par la spiritualité teintée d'hellénisme des Cappadociens (p. 282-283). C'est bien aux Cappadociens et à leur influence qu'il faut attribuer l'emploi, dans le corpus isidorien, des termes « philosophe » et « philosophie » pour désigner le moine et la vie monastique (p. 283). De son vivant, donc, par son exemple, Isidore a considérablement marqué son milieu, la ville de Péluse et la province d'Augustamnique 1re. Après sa mort, des moines de la région, probablement l'archimandrite Pierre, Nil, Paul, Orion - suivant l'hypothèse d'Évieux (p. 291-292 et 369) -, ont tôt fait de recueillir les lettres rédigées par le Pélusiote, de les numéroter et d'en tirer un corpus dûment constitué (p. 384). Toujours selon l'A, le corpus, en raison des nombreux passages qui contiennent des explications de l'Écriture ou des références aux lettres grecques, aurait joué, dès le départ, « un rôle important dans la formation chrétienne » (p. 384).
D'une certaine manière, on peut dire que l'A. poursuit l'œuvre des moines de Péluse qui voulaient assurer à la voix d'Isidore toute l'attention qu'elle méritait Au lieu des rares mentions que lui ont valu, au cours des siècles, ses lettres dites christologiques, Isidore de Péluse retrouve enfin dans l'ouvrage de Pierre Évieux le respect qui lui revient.


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