Editions BEAUCHESNE

23.00 €

HUYSMANS. Entre grâce et péché

HUYSMANS. Entre grâce et péché

Ajouter au panier

Date d'ajout : lundi 22 février 2016

par Emmanuel GODO

REVUE : MSR UNIVERSITÉ DE LILLE, octobre 1997

L'œuvre de Huysmans, miraculeusement échappée des purgatoires littéraires où s'enlisent de plus prestigieuses qu'elle, intéresse au plus haut chef nos contemporains, souvent plus enclins à y préférer le décadentisme d'A rebours (1884) que le catholicisme des livres ultérieurs. Les participants à ce colloque ont le mérite d'embrasser la quasi totalité d'une œuvre qu'ils ont estimée, à juste titre, insécable, se refusant, avec scrupule et honnêteté, à opérer des choix dans un ensemble déroutant car pluriel. L'œuvre de Huysmans ressemble à celles d'un Verlaine ou d'un Barrès : elles obligent celui qui les analyse à faire preuve de souplesse et à se délivrer des œillères que le dogmatisme de la critique littéraire des années 60-80 lui a pourtant si complaisamment tannées.
Si l'œuvre de Huysmans trouve autant d'échos dans nos mentalités contemporaines, c'est que, "comme des Durtal modernes, nous errons entre la ville et le cloître, ballottés entre Dieu et le mal, exilés et perdus mais recherchant quand même la douceur "tiépide" des cryptes où la Mère veille" (p. 6). Huysmans n'est pas ce que Barrès nommait un homme-mensonge (il en est tant en littérature qui avancent masqués !). C'est un homme que l'écriture aide à marcher vers sa lumière, pèlerin de l'absolu, rayonnant d'une aura sans fausse douceur, issue du plus profond, du plus douloureux mais aussi du plus vrai de la nuit humaine. En cela il ressemble, selon Alain Vircondelet, à un héros dostoïevskien.
Il n'est guère possible ici de résumer les douze communications de grande qualité qui constituent l'ouvrage. Françoise Court-Gomez s'intéresse au "regard de l'ange", montrant que les œuvres de Huysmans mettent en scène des espaces rétrécis servant de cadres à des cheminements vifs, quêtes éperdues de pureté semées d'embûches, le parcours, ici, s'avérant "fondamentalement une douloureuse levée d'obstacles" (p. 7) ; d'où la coexistence, dans l'œuvre de Huysmans, de deux langages - de la pesanteur et de la transparence. D'où, également, un paradoxal attrait de l'obstacle, l'écriture étant quête de l'indicible, "empreinte de ce désir de se défaire d'un regard trop lourd, trop chargé de la pesante présence des choses afin de pouvoir exprimer l'indicible" (p. 11), recherche de pureté qui passe par le refus de la chair et l'expression du corps supplicié, témoignant d'une haine du corps à quoi s'oppose la musique synonyme ici d'imparable légèreté, mais qu'entrave toujours la pesanteur des mots. C'est pourquoi "l'œuvre entier de Huysmans contient la recherche d'une langue, un idiome absolu et rêvé, inaccessible" (p. 24). Comme tout écrivain digne de ce nom, Huysmans est engagé dans la recherche d'une langue adéquate à son dessein, dont l'œuvre n'est pas la traduction mais plutôt le succédané.
Per Buvik, auteur d'un essai important sur Huysmans, La Luxure et la pureté, propose une étude consacrée à sainte Lydwine de Schiedam, sous l'angle original de l'amour et de la nourriture. Pierre Jourde étudie les rapports de Huysmans et de la pantomime anglaise, qui préfigure la formule du naturalisme spiritualiste, Pierrot illustrant la déliquescence et l'échec du langage, symboles de la décadence. Pierrette-Marie Néaud étudie, quant à elle, A rebours, sous l'angle de la dérision et de la parodié - étapes nécessaires avant l'éveil de la foi.
Un collectif d'étudiants - heureuse initiative que de faire intervenir dans un colloque de spécialistes des étudiants de licence faisant leurs armes dans un type de travail que traditionnellement la frileuse Université réserve à des initiés - étudie les figures de Marie dans La Cathédrale avec un sérieux et une rigueur qui n'ont rien à envier à celles des chercheurs les plus aguerris. Alors que Nerema Zuffi étudie la représentation de l'espace dans En rade, Negin Daneshvar-Malevergne analyse, dans "Espaces de dégénérescence et pathologie de la modernité", la recherche du nouveau chez Huysmans comme désir de nourrir le vide qui le ronge, celui-là même que "la modernité creuse entre l'homme et sa vérité intérieure" (p. 127).
Alain Vircondelet, pour sa part, voit dans Le Drageoir aux épices, paru en 1874 et tenu pour secondaire par son auteur même, un "bric-à-brac" fondateur, "inaugural d'un parcours d'âme, d'un nœud fantasmatique et esthétique, d'une souffrance exprimée, d'un engagement dans l'écriture auquel Huysmans se donnera tout entier jusqu'à la mort" (pp. 129-130) et invite à redécouvrir un ouvrage injustement déprécié où est signé et consigné le pacte autobiographique qui va insuffler à toute l'œuvre à venir sa dynamique et son caractère propres.
Brigitte Cabirol éclaire un autre de ces paradoxes dont abonde l'œuvre de Huysmans, celui qui entrelace tendresse et vitupération dans Les Foules de Lourdes, montrant comment un homme va vers le silence mais dans la violence d'une parole tendue vers l'exténuation. Outre une étude de bibliophilie, égarée, les actes s'achèvent sur une promenade architecturale d'Isabelle Damo, étudiant avec beaucoup de pertinence la figure obsédante et révélatrice de la clôture dans l'œuvre de Huysmans et sur une contribution de Frédéric Monneyron évoquant le thème de l'androgyne.
On saura donc gré à Alain Vircondelet d'avoir orchestré avec tant de soin ce bel ensemble qui élargit opportunément, et avec beaucoup d'originalité, les études huysmansiennes qui ont trop tendance, ces derniers temps, à se resserrer sur l'unique A rebours.


Donnez votre avis Retour
RECHERCHER DANS LE CATALOGUE BEAUCHESNE

aide


DICTIONNAIRE DE SPIRITUALITÉ
ÉDITION RELIÉE
DS

LE COMPLÉMENT PAPIER INDISPENSABLE DE :

DS
ÉDITION EN LIGNE




EN SOUSCRIPTION
LES IMAGES DE DÉVOTION EN EUROPE XVIe XXIe SIÈCLE Une précieuse histoire


EN PRÉPARATION
LA RÉVOLUTION DE L’ÉCRIT. EFFETS ESTHÉTIQUES ET CULTURELS

Le baptême, sacrement de la foi

FOLIES ET RIEN QUE FOLIES

Fascicule I
dans la même collection
Fascicule II Fascicule III Fascicule IVa Fascicule IVb

PENSÉE SYMPHONIQUE

LE POUVOIR AU FÉMININ

CHARLES DE BOVELLES, PHILOSOPHE ET PÉDAGOGUE

JEAN BAUDOIN (CA. 1584-1650) Le moraliste et l’expression emblématique

Écrits sur la religion


L'Education Musicale


SYNTHÈSE DOGMATIQUE

Partager et Faire savoir
Partager sur Facebook Partager sur Twitter Partager sur Google Buzz Partager sur Digg