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10. LE DEVENIR DE LA THÉOLOGIE CATHOLIQUE MONDIALE DEPUIS VATICAN II 1965-1999

10. LE DEVENIR DE LA THÉOLOGIE CATHOLIQUE MONDIALE DEPUIS VATICAN II 1965-1999

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Date d'ajout : samedi 12 septembre 2015

par Bernard XIBAUT

REVUE : L'ÉGLISE EN ALSACE n° 4, avril 2001

Cet ouvrage porte le numéro 10 dans la collection Sciences théologiques et religieuses fondée par Joseph Doré, alors Doyen de la Faculté de Théologie et de Sciences Religieuses de l'Institut Catholique de Paris. Il regroupe une série de conférences données au cours des trois années universitaires écoulées et pour la plupart publiées dans la revue Transversalités de cette Faculté. Il restait cependant à les publier dans un ensemble organique, susceptible de brosser un tableau mondial du devenir de la théologie depuis Vatican II. C'est désormais chose faite.
Dix-sept auteurs, chaque fois spécialistes de la culture concernée, signent ainsi quatorze contributions recouvrant les principales aires géographiques du développement de la théologie catholique. Quatre chapitres, notamment celui consacré à la France, n'ont pas fait l'objet d'une conférence et bénéficient donc d'une rédaction spéciale. L'actuel archevêque de Strasbourg assure pour sa part la coordination de l'ensemble, la traduction et la révision de certains textes, la rédaction de la présentation et d'une postface sur laquelle nous aurons l'occasion de revenir.
On devine que le choix de la succession des chapitres a fait l'objet d'une décision bien réfléchie. C'est ainsi que l'ouvrage s'ouvre par la présentation de la Grégorienne, en raison de son caractère de référence, puis parcourt les divers pays d'Europe, avant d'aborder les autres continents par ordre alphabétique. Du point de vue du contenu, l'Europe occupe un peu moins de deux cents pages, l'Afrique, une cinquantaine. Cent pages traitent des deux Amériques et une soixantaine de l'Asie.
La partie consacrée à l'Europe s'ouvre donc sur le chapitre que Luis Ladaria consacre à la Grégorienne. Après avoir évoqué quelques grandes figures pré-conciliaires, il dresse un bref panorama des professeurs de théologie dogmatique et fondamentale les plus marquants de la génération du Concile. Sa présentation manifeste la grande diversité de ces figures, aussi bien du point de vue géographique que de celui des accents théologiques.
Salvador Pié i Ninot montre comment l’Espagne a rattrapé le fort déficit théologique dont elle souffrait après la guerre, au point qu'on n’a guère entendu sa voix au Concile. La figure du théologien s'y est réaffirmée en même temps que les Centres se multipliaient. Les grands défis de l'exégèse, de la philosophie et de la post-modernité y ont été relevés. Une christologie originale, que l'on peut qualifier "du dedans", y est née, tandis que l'ecclésiologie s'efforce de conjuguer la convocation divine et la communauté humaine. L'auteur appelle cependant son pays à jouer un rôle plus actif dans l'aire méditerranéenne et dans la médiation entre l’Amérique et l'Europe.
L’aire germanophone n'a pas le même complexe vis-à-vis d'un Concile dont a elle a fourni de nombreux ténors. Karl Neufeld montre de quelle manière l'aire paisible de la confirmation de ce qui se vivait déjà des intuitions du Concile avant l'heure a vu lui succéder un temps de forte contestation. A la suite de l'écroulement du marxisme est venu le temps plus serein de la recherche. L'évocation du fameux Lexikon für Theologie und Kirche, des revues Concilium et Communio, mais aussi la longue litanie de noms prestigieux de diverses tendances montre assez le poids déterminant d'une théologie germanique à la fois fortement favorisée par l'institution concordataire et stimulée par le voisinage de la théologie protestante.
La contribution de Giuseppe Ruggieri sur l’Italie dégage une théologie italienne qui ne soit pas ayant tout "romaine". Elle se caractérise par la diversité des Associations de théologiens, des écoles et des tendances : théologie "de la méthode théologique", théologie "herméneutique", théologie "symbolique"… Cependant, la christologie et le problème du rapport à l'histoire constituent un nœud principal auquel l'auteur consacre légitimement une dizaine de pages.
Pour la France, il y a lieu de distinguer entre l'approche universitaire laïque et l'approche théologique confessante. Pierre Vallin livre une riche esquisse chronologique émaillée de figures très connues, avant de brosser le tableau des principaux domaines d'intérêt de la théologie en France : philosophie, patrologie, histoire des dogmes, réflexion ecclésiologique, avec la question des ministères, théologie pratique. Il reconnaît le caractère nécessairement très incomplet de ce tableau, signe de la vitalité de notre recherche.
La partie européenne ne serait pas complète sans les chapitres sur la Belgique et sur les Pays-Bas, tous deux rédigés en collaboration par deux auteurs. Il est normal que le professeur Denaux de Louvain souligne la place éminence de cette université en égrenant la longue liste de tous ceux qui se rattachent à la "tradition louvaniste". Le souci probable d'exhaustivité entraîne un certain sentiment de lassitude mais témoigne d'abord d'une grande richesse, par exemple clans le domaine liturgique. L'histoire se poursuit par la création de Louvain-la-neuve en 1969 et l'évocation des autres centres. Il est clair que la langue néerlandaise commune crée des liens entre la Belgique flamande et les Pays-Bas, un des pays où la théologie connaît le plus de bouleversements, avec l'accès massif de laïcs là où ne se rencontraient jadis que des séminaristes. La recherche théologique s'est concentrée sur les problèmes de ministère et d'autorité ou d’herméneutique, dans un climat de plus en plus tendu entre les tenants d'une théologie classique et les défenseurs de thèses avancées en matière de christologie (on ne peut pas ne pas citer Schillebeeckx !), de morale, d'œcuménisme. Les auteurs constatent donc le passage frappant d'une théologie à des théologies.
La présentation africaine est naturellement divisée en chapitres sur l'Afrique francophone et sur l’Afrique anglophone. Sur trois auteurs, deux sont Africains. Ils expliquent la naissance du principe d'une "théologie africaine", dégagée de certains pré-supposés européens, et qui s'est ensuite éclatée selon les lieux. Là où le Zaïre a mis l'accent sur les "valeurs spécifiques", le Cameroun a adapté la théologie de la libération, thème forcément cher à l’Afrique du Sud de l'Apartheid. Un des traits les plus marquants de la théologie africaine est sans doute l'effort pour une christologie dans laquelle le Christ prend certains traits de la culture traditionnelle africaine, tandis que la liturgie s'essaye elle-aussi à l’inculturation.
Le continent américain fait l'objet de trois traitements particuliers. Gilles Routhier nous parle d'abord du Canada francophone, montrant le passage d'une théologie cléricale et pré-conciliaire à un renouveau des centres de théologie. Son analyse discerne de manière prioritaire l'impact de l'affirmation du primat de la pastorale et celui de l'entrée des sciences humaines dans le champ de la théologie. C'est ainsi que le premier renouveau s'est vécu clans la catéchèse et dans la liturgie, avant que le tout pastoral n'entraîne quelques effets que l'auteur qualifie de "pervers", notamment dans son déficit de critique au sein de la société, critique par ailleurs si bien menée dans le champ ecclésial. La théologie canadienne reste marquée par le lieu de l'université publique et l'attrait d'un public renouvelé.
Il est frappant de découvrir l'influence des théologiens européens sur les Etats-Unis. du moins clans la première période à l'issue du Concile.
Selon Avery Dulles, les écoles actuelles restent marquées par Rahner, Hans Urs von Balthasar ou Schillebeeckx, tandis que la théologie catholique nord-américaine en est encore à sa période de jeunesse.
Il appartient à un allemand, Martin Maier, de traiter de l'Amérique Latine, lui qui a connu le Salvador de la guerre civile et de la théologie de la libération. Il montre très clairement comment cette théologie s'est imposée comme fruit de la réception de Vatican II, avant d'atteindre son élaboration synthétique avec Guttiérrez ou Leonardo Boff. Il articule à quelques uns des thèmes majeurs du Concile, dont celui des pauvres, avant de décrire le conflit que cette théologie a suscité.
La partie consacrée à l'Asie s'ouvre sur un chapitre dédié à l'Inde et à l'Asie du Sud, où le Concile Vatican II a amené le souci de l'in culturation dans un contexte qui est celui de la pluralité des religions. Il est clair que ce contexte va commander des thèmes comme celui de l'harmonie ou la place plus grande accordée à l'Esprit. De manière globale, le dernier chapitre apparaît comme consacré au "monde sinisé". C'est ainsi que Benoît Vermander nomme la Chine, Taïwan, la Corée et le Japon. Il détaille un contexte linguistique et culturel d'une grande cohérence et souligne le défi de "faire de la théologie en chinois" : il n'est pas possible de passer outre le rapport aux traditions philosophiques anciennes ou au bouddhisme. Se référant fréquemment aux travaux des Conférences Episcopales, il en appelle à une pneumatologie "d'en bas" en accord avec l'âme asiatique. Une bibliographie détaillée suit.
Nous le disions : il revient à la postface de Mgr Doré de reprendre en finale la question du devenir de la théologie mondiale depuis Vatican II. De manière très originale, il développe sa synthèse autour de concepts géométriques qui prennent en compte la très sensible ouverture de la théologie vers des formes diverses et réellement internationales, mais aussi le très net regain de qualité et de profondeur qui l'a accompagnée. Au-delà de dérives possibles, c'est bien le discours sur Dieu et son corollaire, le discours sur l'homme, qui se sont considérablement enrichis. En quelques pages apparaît comme une évidence une théologie tout à la fois ouverte sur le social, le politique ET le spirituel. En quelques décennies, c'est un travail immense qui a été accompli : ici, de rénovation, là, de fondation.
La lecture de ce livre - facile, malgré le caractère scientifique et spécialisé de l'ouvrage - permet bien au lecteur de s'approprier cette conclusion : la théologie est remarquablement vivante sur les cinq continents, quoique de manières très diverses. Le caractère éclectique des chapitres ne fait que le confirmer. Là où certaines contributions visent davantage à l'inventaire, d'autres se concentrent sur la synthèse des grandes évolutions. On sort de la lecture avec l'impression d'avoir vécu un tour de monde des peuples et des croyants, remerciant les initiateurs du projet et les auteurs de l'avoir rendu possible. L'esprit curieux y trouve les renseignements les plus importants pour une connaissance des enjeux de la théologie contemporaine. Le croyant rend grâce de ce qu'un Concile ait pu provoquer une telle "libération de la théologie" aux allures de Pentecôte et voit dans cet ouvrage, un an après le Jubilé, un second "Livre des Merveilles".


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