Editions BEAUCHESNE

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MAURIAC ET L'EVANGILE

MAURIAC ET L\'EVANGILE

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Date d'ajout : mardi 20 février 2018

par Jean François GREGOIRE

REVUE THÉOLOGIQUE DE LOUVAIN, 26e année, fasc. 1, 1995.

Voici un livre remarquable - d'intelligence, de lisibilité, de clarté. Un livre captivant aussi, de ceux dont on sait qu'on les relira un jour, par plaisir ou par devoir !
De François Mauriac, on connaît les romans, les Blocs Notes, quelques Essais, sans doute : on connaît moins les ouvrages de spiritualité noués en gerbe autour de La Vie de Jésus. À vrai dire, Claude Escallier n'est pas loin de penser que ce petit livre constitue le cœur de l'œuvre mauriacienne tout entière, un tournant dans la vie de l'auteur et le chiffre de sa « conversion ».
Lorsqu'on songe à François Mauriac, l'on ne peut manquer d'être frappé par l'allure très particulièrement christocentrique de sa foi. Paratonnerre amical du Dieu « terrible » et « indiscret », Jésus nous dispense encore d'avoir à mettre l'Église, si souvent compromise avec les pouvoirs, quels qu'ils soient, au centre précis de nos perspectives spirituelles. Comment, demande par ailleurs Claude Escallier, lorsqu'on connaît l'exigence qu'il a mise à aimer l'Homme-Dieu, Mauriac n'aurait-il pas rougi de honte devant l'assommante production d'ouvrages débiles qui se perdaient à l'époque en commentaires mielleux de l'Écriture ? Peut-être l'indigence de ce foisonnement d'œuvres insignifiantes aura-t-elle touché Mauriac à ce moment où, l'angoisse spirituelle aidant, le sentiment de vide lui était devenu plus odieux que jamais ? . . .
Bref, le projet prend forme ! Non sans difficultés : qu'on en juge ... En ce début des années trente, le climat est explosif. Face au courant de spiritualité délétère qu'il déteste, Mauriac voit se profiler en effet la petite troupe des (pseudo-) « Modernistes » occupée à essuyer le feu nourri des condamnations romaines. Pétri d'intelligence critique, il se sent proche de ces intellectuels parfois poussés au bord de la rupture. Il ne prendra pourtant pas nettement parti pour eux. Tablant sur sa foi au Christ intérieur, il ira prendre place entre deux chaises, s'installant inconfortablement mais, à son avis, justement, entre Pie X et ses sbires intégristes, d'une part, et, d'autre part, des exégètes devenus tellement habiles à cultiver les subtilités de la lettre- qui-tue qu'ils contribuent à rendre inabordable les textes qu'ils sont censés éclairer. Courage ? Insolence ? Naïveté ? Le fait est que Mauriac entame sa Vie de Jésus précisément au moment où non seulement aucun exégète, aucun historien ne s'y serait risqué, mais encore une bonne partie du monde catholique le considère, vu sa position marginale, comme persona non grata ! Autre défi, et non le moindre pour ce romancier de qualité : le genre littéraire « vie de Jésus » possède ses règles et ses critères : Mauriac parviendra-t-il à y soumettre sa fougue ?
Fidèle à lui-même, suggère Claude Escallier, le biographe prendra ses responsabilités. Peu soucieux de faire œuvre érudite, il décide de se fier (aveuglément) aux travaux minutieux du Père Lagrange pour tout ce qui, dans son livre, relève du cadre spatio-temporel et de l'analyse socio-culturelle. Par ailleurs, d'une part, il imprime sans réserve sa marque théologique en
privilégiant la figure d'un Dieu distant mais miséricordieux, en insistant sur la nature pécheresse de l'homme et la nécessité de la grâce, en usant de nombreux symboles bibliques empruntés, pour la plupart, à la liturgie - et, d'autre part, il ne se dispense nullement d'user de certaines formes littéraires dans lesquelles il excelle. Sans cesse, il balancera dans son ouvrage entre la raison critique et le cœur - auquel il abandonne, souvent, le dernier mot.
Avec finesse et très intelligemment, Claude Escallier montre alors la cohérence de ce livre écrit avec passion, dévoilant, grâce à quelques ponctions dans la Correspondance du romancier, les tourments de cet homme tout à coup confronté à des questions gigantesques : comment, en effet, rendre compte dans un livre de l'impensable incarnation de Dieu en Jésus Christ ? Comment faire part des paradoxes dont sont pétris les évangiles ? Comment comprendre ensemble « miséricorde » et exigence de justice ? etc. Des affres qui prendront un tour particulier le jour où, le livre paru, la critique jaillira en une salve double et contrastée : laïque, d'abord, globalement positive - exégétique et historique, ensuite, souvent réticente pour des raisons formelles et doctrinales. Avec une humilité qui l'honore, touché, François Mauriac n'hésitera pas à s'amender sur une série de points précis ni à revoir sa copie ...
Ces diatribes lors de la réception du texte mauriacien auront permis, entre autres effets bénéfiques, de mieux cerner la « théologie » de cet homme de lettres qui se sera, sa vie durant, passionné pour la question de savoir par quel mystère d'amour Dieu, en Jésus Christ, s'est toujours montré si miséricordieux pour le pécheur... Ne serait-ce pas parce qu'il s'y révèle que, pour l'homme qui veut croire que l'amour sauve, tout est possible à Dieu et que, partant, il est toujours temps d'espérer - fût-ce contre toute espérance ?
Cette leçon d'humilité, servie, grâce à la lecture fine de Claude Escallier, par un homme qui s'est plu à découvrir la clé du mystère de la dignité humaine dans le mariage tempéré de la justice et de la miséricorde, valait bien un bon livre, je pense! Mauriac et l'Évangile est de ceux-là : un livre-pont surgi de l'espace partagé entre littérature et spiritualité, et grâce auquel, il n'y a pas lieu d'en douter, la théologie se trouvera aérée.


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