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12. L'EXPERIENCE DE JEAN MARTIN MOYE

12. L\'EXPERIENCE DE JEAN MARTIN MOYE

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Date d'ajout : mardi 11 avril 2017

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ESPRIT ET VIE, septembre 1979

Nos lecteurs connaissent déjà le fondateur des Sœurs de la Providence de Portieux (Vosges) par la recension de l'ouvrage du P.J. Guennou. Le P. Tavard complète ici cette étude, d'abord en apportant de nombreux renseignements inédits sur sa famille (à laquelle il est apparenté) et son environnement, le pays de Dieuze ; ensuite il approfondit la doctrine spirituelle et mystique.
Pour les sources, l'auteur cite Bérulle, le principal inspirateur du J.-M. Moyë avec sa dévotion à la sainte Enfance, quelques jésuites comme de Saint-Jure, François Guilloré, et aussi Jean Eudes avec la dévotion aux Cœurs de Jésus et Marie. La Bible lui est très familière, surtout les psaumes et l'oraison dominicale, prières incomparables, et l'Imitation de Jésus Christ : « Aimez le livre de l'Imitation, lisez-le sans cesse,. vous y trouverez tout ce qu'il vous faut » (Lettres à ses religieuses,1778).
Son expérience spirituelle : La 1ère période du ministère pastoral (1754-1767) est marquée par un vif souci de prière constante, et par la compréhension de la nécessité des épreuves : il est critiqué tour à tour et à Metz pour sa dévotion originale aux enfants morts dans l'innocence baptismale, et pour ce groupe organisé de jeunes filles qu'il envoie faire l'école dans les campagnes et à Dieuze, et pour son rigorisme au confessionnal. Le temps de retraite qu'il s'accorde à Saint-Dié vers 1770 lui permet de terminer son traité « Le dogme de la grâce » (Nancy, In4) ; il y montre que le progrès dans la vie intérieure est lié aux mortifications et à l'oraison, « les premières purifient l'âme, la seconde l'éclaire » ; par mortification il faut entendre non seulement le renoncement à la sensualité et aux vanités du monde, mais aussi l'aridité spirituelle plongeant l'âme dans un climat nébuleux analogue à la nuit des sens : fidélité à ses devoirs, quoique sans goût, simplicité intérieure, indifférence spirituelle dans l'abandon à la Providence qui patronne sa congrégation religieuse.
Le malaise de J.-M. Moyë dans la société cléricale en Lorraine, son souci de pratiquer une très rigoureuse pauvreté dans le détachement complet de sa famille, joints à sa ferveur apostolique, expliquent son équipée en Chine comme prêtre des Missions Étrangères de 1774 à 1783. Son paysage intérieur y est contrasté : nuages fort sombres, tentations violentes, compagnonnage avec un ancien séminariste qui lui est hostile, peur chronique d'une faiblesse devant les tribunaux car il est entré clandestinement au Se-Tchouen, maladies fréquentes mais aussi éclaircies de soleil, l'austérité des mœurs chinoises qui lui plaît beaucoup, la ferveur des montagnards de cette province, sa pratique intensive du baptême des bébés en danger de mort (il en aurait baptisé 50 000), l'établissement d'écoles comme en Lorraine grâce à des jeunes filles chinoises formées par lui et surtout de hautes grâces d'union à Dieu : « Je meurs chaque jour, écrit-il en 1775 à ses amis, cependant dans le fond de l'âme, je jouis d'une profonde paix. Je me plais dans mon état, je le préfère à la royauté. »
Son abandon à la Providence se traduit par l'interprétation comme signes orienteurs de son action des faits ordinaires de son existence, par la conviction de la protection spéciale de Dieu sur les missionnaires travaillant en milieu païen, enfin par une interprétation surnaturelle des songes.
Mais il est à bout de forces, il ne peut plus marcher : il lui faut revenir en France. La dernière période de sa vie (1784-1793) est caractérisée par l'approfondissement de sa vie mystique ; il est établi solidement dans la paix et l'amour. C'est ce qu'il prêche en ses missions lorraines et ses retraites aux religieuses : « la charité est la première et principale vertu. Il faut avoir pour Dieu un amour souverain de préférence et un amour surnaturel pour le prochain, (Instruction pour les filles, 1786, p. 215), amour affectif et effectif. Sous une forme plus exigeante il le redit aux prêtres réfugiés à Trêves en 1791-1792 : « Il y a parfait amour quand on aime Dieu souverainement, plus que toute chose, plus que soi-même, plus que ses livres, plus que sa santé, plus que sa réputation étant disposé à la sacrifier, à souffrir le martyre pour l'amour de Dieu, au nom de Notre Seigneur Jésus-Christ » (p. 216). Six semaines avant sa mort, il écrivait à la supérieure de ses religieuses : « Pas de châteaux en Espagne, pas de temps perdu à rêver chimères, scrupules, doutes, mais aimez et faites ce que vous voudrez » (p. 217).
À notre époque où les technocrates veulent régler tous les problèmes par des programmes à longue échéance et où tant de gens restent accaparés par bien des soucis étroits et mesquins, il est salubre de contempler un prêtre qui crut profondément à la Providence divine et qui, dépassant l'horizon borné de la société lorraine du XVIIIe siècle, sut dépenser la ferveur de son zèle au service des chrétiens de Chine.


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