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Numéro 25/26 : Modes de penser. Actes, formes, objets
Collection : REVUE PRETENTAINE
ISBN : 97829121201618
Prix TTC : 28,00 €
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Résumé :   

Qu’y a-t-il à penser ?
Comme pour les numéros antérieurs sur les Esthétiques, l’Étranger, les Énigmes, le Corps, le Vivant, la Ville, la Musique ou l’Opéra, la revue Prétentaine s’est efforcée dans la présente livraison de mettre en œuvre un mode de penser qui lui a semblé le mieux à même de rendre compte des réalités socio-anthropologiques complexes où interfèrent le Lebenswelt, l’intersubjectivité, la temporalité, le polythéisme des valeurs, les jeux de langage et les conflits d’interprétation. Ce mode de penser complémentariste combine, ou articule, sans les confondre différentes démarches théoriques : la phénoménologie (le retour à la chose même, l’intuition donatrice originaire, le sujet constituant, la compréhension des intentionnalités, la transcendance éidétique), la dialectique (les contradictions, les processus et développements, les totalités concrètes, l’historicité), le pluralisme épistémologique (le refus de l’orthodoxie, du dogmatisme et du monolithisme, la multiréférentialité), la transversalité (la transdisciplinarité, la transgression des frontières doctrinales, des thématiques étanches et des champs séparés). Qu’il s’agisse du politique, de l’éthique, de l’esthétique ou même du théologique qui traversent toutes les réalités de l’existence humaine (la vie quotidienne, la corporéité, la sexualité, la mort, le travail, l’imaginaire) ainsi que toutes les dimensions de la noosphère (la science, la technologie, l’art, la religion, la mythologie), il est impossible de ne pas prendre en compte l’extrême diversité, l’hétérogénéité et la complexité des manières de penser, des contenus de la pensée, des fonctions de la pensée, des effets de la pensée. Il nous a donc semblé évident que ces démarches complémentarisées devaient également être les règles directrices d’une investigation éminemment réflexive: penser la pensée, comprendre ce que penser veut dire, explorer ses voies, ses formes, ses pouvoirs, ses difficultés. Les contributions ici rassemblées abordent librement – chacune à leur manière – cette question de la pensée qui ne se donne finalement, comme pour toute réalité phénoménale, qu’à travers une série d’aspects, d’esquisses ou d’Abschattungen, dans un horizon de profils et de perspectives.
Plutôt que de parler de la pensée, nous avons aussi estimé qu’il était plus rigoureux d’évoquer différents modes de penser, selon les cultures, les groupes sociaux, les époques historiques, les disciplines scientifiques, les spécialités universitaires, les champs de recherche, les paradigmes philosophiques, les croyances et pour finir – et surtout – les langues. Reste bien entendu à savoir s’il est possible de dégager de ce foisonnement bigarré une unité ou une universalité qui caractériserait la pensée humaine que l’on pourrait éventuellement comparer à la pensée artificielle (machinique) et à la pensée animale, et, pourquoi pas, à la pensée extraterrestre. Reste également à savoir si dans cette Tour de Babel où grouillent tant de modes de penser on peut envisager des passerelles, des transpositions, des adaptations, des traductions possibles d’un mode à l’autre. On retrouve là bien sûr les trois grandes possibilités de conjonction/disjonction des modes de penser: les cloisonnements d’une part, les métissages d’autre part, les articulations complémentaristes pour finir. Entre la séparation ou la compartimentation stricte des modes de penser (au nom de leur pureté, de leur homogénéité, de leur spécificité), leur mélange syncrétique ou leur assemblage éclectique (au nom de l’échange, de l’interactivité, de la coopération) et leur confrontation réglée (au nom de l’incomplétude, de l’incertitude, de la finitude) on peut ainsi distinguer trois attitudes idéal-typiques vis-à-vis des nombreux systèmes de pensée qui peuplent la noosphère ou le monde de l’esprit, attitudes qui engagent des positions différentes sur l’identité et l’altérité, l’unicité et la multiplicité, le tout et les parties, l’archéologie et la téléologie, la genèse et la structure, l’empirique et le transcendantal, le théorique et le pratique, l’individuel et le collectif.
Ces attitudes ne sont pas sans conséquences pratiques immédiates dans la mesure où penser (avoir l’envie de penser, exercer une activité intellectuelle, être un professionnel de la pensée, réfléchir sur la pensée, etc.) s’inscrit historiquement dans un espace public plus ou moins conflictuel, plus ou moins tolérant, plus ou moins démocratique. Dans le contexte contemporain qui oscille entre la haine populiste de la pensée, l’étouffement totalitaire (politico-religieux) de la pensée et l’asservissement libéral de la pensée, nous avons voulu réaffirmer quelques positions épistémologiques et politiques de principe comme conditions de possibilité du penser. Tout d’abord le refus de l’interdiction de penser qui se manifeste sous diverses formes: dans les dispositifs ouverts ou dissimulés de la censure, mais aussi dans les procédures bureaucratiques de conformisation, d’alignement et de normalisation que véhiculent les agences d’évaluation, les avis prétendument autorisés des expertises et toutes les instances d’habilitation de la pensée administrée. Si nous revendiquons la liberté de penser contre toutes les formes de la pensée unique, de la pensée obligatoire, de la pensée d’État, c’est parce que nous savons que les monopoles de la pensée conduisent toujours à des abus de pouvoir et pire encore à la tyrannie : des dogmes théocratiques aux vérités historiographiques officielles, des idolâtries philosophiques aux certitudes scientifiques « irréfutables », des doxa idéologiques inébranlables aux catéchismes religieux intangibles, on assiste toujours au même absolutisme, au même fanatisme, au même impérialisme qui conduisent à la régression et pour finir à la barbarie.
C’est la raison pour laquelle la liberté de penser implique nécessairement le refus des intégrismes (religieux ou autres), des monolithismes, des dogmatismes. Trop d’exemples historiques attestent que l’imposition autoritaire d’un mode de penser conduit à la dictature des médiocres, à l’enkystement de la culture et pour finir à la mort de la pensée. La Gleichschaltung national-socialiste, la fossilisation du marxisme soviétique, l’obscurantisme des fondamentalismes, la sclérose du scientisme en sont malheureusement quelques exemples édifiants. Dans l’univers de la recherche universitaire se pose également – aujourd’hui de manière drastique – la question du respect du pluralisme. Lorsque des disciplines, des courants, des chapelles, des commissions, des experts, etc., prétendent imposer leur hégémonie – en vertu de leur statut institutionnel ou de leur accointance avec le pouvoir politique du moment – et dicter aux autres composantes de la communauté universitaire une uniformisation des objectifs de recherche, des critères de « scientificité », des thématiques, des méthodologies, des validations, des normes de publication, des promotions, etc., cela ne peut conduire qu’à d’interminables violences symboliques, à la généralisation de l’arbitraire administratif et à de graves atteintes à la qualité même de la recherche. Lorsque les chercheurs sont sommés de se conformer à des directives, des pilotages, des « performances », des objectifs chiffrés (« évalués ») ou de s’intégrer dans des programmes (axes, projets) préétablis, ils perdent non seulement leur indépendance, sans laquelle il n’y a pas de recherche digne de ce nom, mais aussi leur inventivité ou leur créativité. L’exemple désastreux du régime soviétique devrait pourtant faire réfléchir les maniaques des plans quinquennaux et des objectifs quantifiés. De fait, la recherche scientifique, anthropologique, philosophique ou autre n’a jamais pu s’accommoder de la présence des commissaires politiques, quel que soit le nom dont on les affuble ici ou là.
Pour toutes ces raisons nous estimons urgent de réaffirmer le droit à la libre expression des chercheurs qui ne sauraient être enrégimentés dans des « équipes » comme d’autres le sont dans des bataillons ou des clubs sportifs.
Le collectivisme – qu’il soit bureaucratique ou libéral – n’a jamais engendré que du conformisme, de la stabulation, de la routine et de la répétition. D’où l’intérêt de favoriser par principe l’aventure, l’exploration, l’audace, le risque, et même la dissidence intellectuelle. Ce sont toujours les minorités actives, les outsiders, les supposés hérétiques qui contraignent l’institution à remettre en cause les rentes de situation, les doxa dominantes, les pensées établies, les certitudes silencieuses. L’hégémonisme ou l’exclusivisme de certaines disciplines (les neurosciences cognitivistes), théorisations (le structuralisme, le lacanisme, le bourdieusisme), épistémologies (le positivisme poppérien), philosophies (l’heideggerisme) stérilisent la pensée, restreignent la pulsion de savoir et paralysent l’initiative créatrice, celle-là même qui a conduit tant d’éminents penseurs à critiquer l’ordre établi des pensées convenues et à faire advenir des problématiques novatrices et des conceptualisations originales. C’est en cela que la question : qu’est-ce que penser ? est non seulement une question philosophique mais aussi au premier chef politique. Pour tout dire une perspective critique.




Table des matières :   

Qu’y a-t-il à penser ? Prétentaine

Positions : confrontations
- Philosophes et bovidés Vladimir Jankélévitch
- La maïeutique comme enfantement de la pensée Socrate ou Platon ? Jean-Luc Périllié
- Wittgenstein Limites de la pensée et pensée des limites Christiane Chauviré
- Pourquoi j’évite de penser par moi-même François Flahault
- Penser dans l’expérience narrative Jean-Pierre Faye
- Penser la pensée. Contre l’asservissement de la pensée et la pensée idolâtre Jean-Marie Brohm
- La mort sans commune pensée Heidegger et Jankélévitch face à l’impensable Fabien Ollier

Constructions : indentifications
- Peut-on penser le temps ? Étienne Klein
- Penser le ciel Fabrice Mottez
- Matière à repenser Fondements critiques pour l’analyse des complexes émergents Patrick Tort
- Sur L’Effet Darwin de Patrick Tort Flore Boudet
- Les mathématiciens pensent, mais ils ne repensent pas Didier Nordon
- Penser le monstre ? Guy-Noël Pasquet
- Propositions pour repenser la sociologie de la croyance L’analyse des débats sur les ovnis et sur le programme Seti Pierre Lagrange

Qualifications : interrogations
- Les actes du sujet Robert Misrahi
- La photographie est-elle un mode de penser ? Images du temps et de l’espace Sofia Eliza Bouratsis
- Manières de penser ou Cogito ergo (facio sen) sum Jacqueline Barus-Michel
- Pensée vivante et intersubjectivité Multiréférentialité, hétérogénéité, temporalité Jacques Ardoino
- L’interdit de penser Patrick Delaroche
- La pensée du rêve Sylvia Augé
- Qui me pense ? Jean Guillou

Émancipations : projections
- La connaissance comme projet émancipatoire Pensée, subjectivité et praxis Magali Uhl
- Penser : à quoi bon ? Marc Jimenez
- Chemins dans la noosphère Edgar Morin
- Universel concret et pensée complexe L’oeuvre fondatrice d’Edgar Morin Jean-Marie Brohm
- Marxisme et sociologie Edgar Morin
- Est-ce que l’argent nous pense ? Anselm Jappe
- Qu’appelle-t-on penser en économie ? Bernard Maris



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