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Entre la lettre qu'adresse saint Bruno à son ami Raoul
le Verd, entre 1096 et 1101, pour l'attirer au désert et Silence cartusien
de Dom Augustin Guillerand, il s'est écoulé neuf siècles.
L'homme du Moyen Age et l'homme du XXe siècle se sont rencontrés
par-delà les générations dans une même unité
d'esprit faite de solitude, de silence et de purification intérieure.
Leur prière a rejoint celle de leurs frères et sœurs aux
noms dispersés ou perdus dans la mémoire collective : les trois
Guigues, Marguerite d'Oingt, Denys le Chartreux, Ludolphe de Saxe, Lansperge,
etc. Une famille spirituelle a tissé le manteau de sa vie en Dieu avec
quelques principes forts maintenus par une observance rigoureuse des Coutumes
érigées au XIIe siècle et par des écrits lumineux
et profonds inscrits dans une sensibilité dépourvue d'intellectualisme
où l'union à Dieu est l'unique nécessaire.
Les larmes, la nourriture, le silence découvre les premières intuitions
de la spiritualité des Chartreux et leur écho chez les auteurs
de la maturité de l'Ordre. Le tracé suivi dégage l'unité
entre les lignes de force dessinées par les voies de la purification,
de l'oraison et du désir de Dieu que reflète le don des larmes,
par celle du goût de Dieu dans la rencontre de sa Parole, nourriture quotidienne
du moine, et enfin par celle du dépouillement dans le creuset du silence
et de la solitude.
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